Depuis de nombreuses minutes, j’ai le front collé au hublot. Mes yeux scannent avidement le paysage qui déroule ses ondulations verdoyantes à perte de vue, à peine ponctuées ça et là d’habitations en bois et de l’éclat doré d’un stupa. Quelques cours d’eau inscrivent sur ces pages paysagères leurs boucles brunâtres comme les courbes arrondies d’une écriture sacrée. Après 12 heures confinés dans le ventre d’acier d’un A380 et une brève escale dans l’aéroport tentaculaire de Singapour, nous remontons en 2 heures et demi vers le nord en direction de notre destination finale. Il est 9 heures du matin, nous voyageons depuis 24 heures, lordque l’avion se pose enfin à l’aéroport de Mingaladon.
Le dépaysement est complet. La température (32°) et l’humidité ajoutées à la fatigue du voyage et au décalage horaire nous emplissent d’une douce torpeur. Nous ne réalisons pas encore vraiment que nous sommes arrivés à Yangon. Après quelques contrôles sommaires (rien à voir avec ceux que l’on doit subir à l’arrivée aux Etats-Unis par exemple), nous récupérons nos bagages et faisons la connaissance de San San, la guide francophone qui nous accompagnera pendant notre séjour. Elle nous conduit à notre hôtel, une charmante maison aux accents coloniaux dans un quartier résidentiel de Yangon. A peine le temps de passer sous la douche que déjà nous partons à la découverte de cette cité où, dans mon esprit, se brouillent pêle-mêle des images d’uniformes et de moines errants, de pagodes majestueuses et de bâtiments d’un autre temps… La part de fantasme n’est finalement pas si grande, mais Yangon c’est aussi une ex-capitale de presque cinq millions d’habitants qui accède à la modernité à la vitesse grand V depuis quelques années, une cité de plus en plus cosmopolite où se côtoient les influences passées et récentes.

Sur le Lac Royal (artificiel), le restaurant Karaweik, une double réplique en béton d’une barque royale, datant des années 1970.
Le temps est gris. La mousson qui d’ordinaire se termine aux alentours du 15 octobre a, cette année, décidé de jouer les prolongations. Est-ce un effet du dérèglement climatique? Toujours est-il qu’en cette fin octobre, elle continue à déverser à intervalles irréguliers des trombes d’eau sur la tête des Birmans imperturbables.
Dans la ville la circulation est intense. Première surprise, si les véhicules circulent à droite comme chez nous, le volant est aussi à droite. Mieux vaut ne pas être trop peureux en voiture, surtout en cas de dépassement. Les piétons ont intérêt à être très vigilants. Les automobilistes ne s’arrêtent en aucun cas pour les laisser passer, ce qui m’a valu deux ou trois frayeurs lors de mes déambulations urbaines. Quant aux scooters et autres moto, pourtant très nombreux dans le reste du pays, ils sont purement et simplement interdits à Yangon pour des motifs plutôt nébuleux.
Nous nous contenterons de prendre succinctement le pouls de la ville, en commençant par la visite de la Pagode Sule et de son stupa en or de 48 mètres de haut autour duquel les anglais ont tissé leur réseau de rues à angles droit.

A la sortie de la Pagode Sule, la présence de ces hommes en uniforme rappelle que le pays est toujours soumis à la dictature militaire!
Nous visiterons le quartier chinois et le vaste marché couvert de Bogyoke,

Marchande de fruits au marché de Bogyoke
sans oublier l’immense Bouddha couché de Kyauk Htat Gyi.

La pagode abrite un bouddha couché de 70m de long qui porte sur ses pieds les 108 marques sacrées qui le distinguent du commun des mortels
Les pagodes, les vêtements des birmans, le défilé des moines dans leur toge pourpre, tout nous interpelle. Mais il y a également toutes les questions que nous posons à notre guide sur ce bouddhisme omniprésent, cette philosophie si différente de la nôtre que nous allons apprendre mieux connaître au long des 15 prochains jours. L’immense patchwork d’environnements et d’atmosphères qui constitue la ville de Yangon, ses relents décrépis de colonialisme, ses crachats rougis sur les trottoirs, sa circulation incontrôlée finit par avoir raison de notre résistance. Nous nous endormons dans le taxi qui nous ramène à notre hôtel et nous effondrons sur nos lits à 19 heures pour entamer d’une traite une très longue et réparatrice nuit de sommeil.






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