Occupée à la préparation d’un album sur mon voyage en Birmanie (oui, oui j’ai beaucoup de retard…), je me rends compte que j’ai omis de vous parler d’un ou deux thèmes. Le bouddhisme en fait partie. Pays des « Dix mille pagodes », la Birmanie est profondément bouddhiste. A l’arrivée dans ce pays, on ne tarde du reste pas à le constater car à peine est-on sorti de l’aéroport que l’on est frappé par le nombre de bonzes qui déambulent dans les rues, nus pieds, vêtus de robe jaune orangé ou rouge ocre. Je n’aurais pas la prétention de vous faire ici un exposé sur le bouddhisme, car je n’en ai vraiment pas les compétences. Le sujet est vaste et complexe et même si tout au long de notre voyage, nous avons bombardé notre guide de questions, nous sommes loin d’en avoir saisi toute l’essence. Je me limiterai donc à deux ou trois informations très basiques et partagerai avec vous quelques impressions ou anecdotes vécues lors de mon bref séjour dans ce pays.
Un bouddhiste birman ne peut être considéré comme un être humain à part entière tant qu’il ne s’est pas retiré du monde, suivant l’exemple du Bouddha qui a quitté sa famille pour rechercher la vérité. Pour cette raison, les enfants dès l’âge de 5 ou 7 ans, après acceptation de leur requête auprès d’un monastère, revêtent la robes des bonzes et se font raser la tête pour devenir des « fils de Bouddha ». Ils passent ainsi quelques semaines ou quelques mois à étudier les écritures sacrées, à méditer et à se conformer à la discipline monastique. En Birmanie, l’école est obligatoire mais dans certains régions les établissements scolaires font défaut et tous les Birmans n’ont pas les moyens de payer les fournitures. Le passage obligé au monastère permet donc aux jeunes garçons d’apprendre à lire et à écrire. Ceux que nous avons vu dans les monastères que nous avons visités semblaient heureux d’être là et d’étudier. Ils semblaient surtout très studieux. Assis à même le sol (ils n’ont pas le droit d’utiliser des chaises ou des lits surélevés), ils récitaient des textes à hautes voix ou s’interrogeaient entre eux dans un joyeux brouhaha.
Certains choisissent de devenir moine après leur 20 ans et de vouer leur existence à la méditation et à l’enseignement des préceptes de Bouddha. Ils doivent alors respecter trois règles fondamentales:
1. Renoncer à toute possession (ils sont autorisés à détenir en tout et pour tout 3 robes, un rasoir, une aiguille à coudre, un récipient à eau, un éventail, une ceinture et un bol à aumône).
2. Respecter toute forme de vie et n’offenser personne.
3. Faire voeu de chasteté.
Quotidiennement, deux heures avant l’aube, les moines partent récolter la nourriture auprès de la population. Ce ne sont pas des mendiants pour autant. Ils ne sont pas autorisés à utiliser l’argent recueilli et ne peuvent manger que ce qui leur est offert et qui constituera leur unique repas du jour. Passé midi, ils ne pourront plus rien ingurgiter de solide, l’après-midi étant consacré à la méditation.
Presque tous les Birmans ont séjourné pendant quelques semaines ou années dans un monastère. Même s’ils ont prononcé leurs voeux, ils demeurent libres de quitter l’ordre à tout moment et même d’y revenir si la vie laïque ne leur convient pas. La sangha birmane se révèle ainsi être non seulement une fraternité religieuse mais également une institution qui peut prendre en charge les plus démunis et les personnes âgées.
Les petits bonzes restent des gamins. Sur le parvis d’un temple, personne (à part moi) ne semblait surpris du jouet de celui-ci!
Dans leur majorité, la population bouddhiste birmane cherche avant tout à s’assurer une renaissance dans des conditions meilleures. Elle veut alléger son karma pour abréger le nombre de ses futures réincarnations et pour cela, elle s’efforce d’accumuler des mérites, sortes de bons points, pour de bonnes actions et pensées. Le don est un devoir que les Birmans pratiquent au quotidien, ce que nous avons pu constater tout au long des 15 jours passés sur place. Notre guide, par exemple, très croyante, ne manquait pas une occasion de témoigner sa générosité notamment en achetant de fines feuilles d’or pour recouvrir des statues de Bouddha dans des temples. Certaines activités, comme la participation à l’édification d’un sanctuaire ou d’un stupa, sont particulièrement méritantes. Offrir à manger aux moines est également source de mérite, à tel point que c’est celui qui offre, et non celui qui reçoit, qui remercie l’autre. Les pratiquants dépensent beaucoup pour accumuler des mérites puisqu’on estime la part de leur revenu qui y est consacrée à environ 10% de leurs ressources.
Lors d’une balade dans les rues de Yangon, nous avons été interpellés par des structures métalliques hautes d’environ 2 mètres auxquelles étaient suspendus toutes sortes d’articles comme du savon, du riz, des pièces de tissus, des jus de fruit etc. Il s’agissait en fait d’ »arbres à cadeaux » pour les moines sur lesquels tout un chacun peut venir accrocher son offrandes. A une autre occasion, alors que nous roulions à travers la campagne, c’est un vrai tintamarre qui a attiré notre attention. Debouts au bord de la route, au milieu de nulle part, deux moines tenant à bout de bras d’énormes saladiers en métal faisaient tournoyer les pièces qu’ils contenaient. Une façon originale et assez bruyante de solliciter les dons des automobilistes pour financer le nouveau monastère de leur village!
Le monastère de Shwe yan Pyay proche du lac Inle. Tout en bois, tout tordu, il est vieux de plus d’un siècle
La religion fait partie intégrante du quotidien des Birmans et dicte nombre de leurs gestes. Les contraintes sont nombreuses mais ils les vivent sereinement, sans crispation et avec le sourire. Alors que nous visitions un monastère, on y célébrait depuis trois mois les funérailles d’un religieux. On pouvait du reste observer son visage recouvert de feuilles d’or à travers une vitre recouvrant son cercueil. La cérémonie était joyeuse, les enfants jouaient dans temple, leurs parents pique-niquaient un peu plus loin. Le moine qui présidait plaisantait manifestement avec l’assemblée qui riait pendant qu’un jeune bonze la photographiait. Notre guide, voyant notre gêne, nous a incités à en faire de même. Décidément leur rapport à la religion … et à la photo est vraiment différent du nôtre!
Entre tradition et modernité, des jeunes moines photographient avec leur portable le grand Bouddha couché du Kyauk Htat Gyi à Yangon. Peu farouches, ils ont littéralement sauté sur les 192 cm de mon Romand pour se faire prendre en photo avec lui. Ils lui arrivaient sous les aisselles!
Et les femmes dans cette histoire?
Alors là Mesdames, respirez un bon coup et contenez votre indignation. Il faut savoir que dans le bouddhisme, le fait d’être femme est le prix à payer pour une existence antérieure médiocre!!! Il existe certes un ordre de religieuses que l’on reconnaît à leur robe roses et à leur crâne rasé, mais elles ne sont pas aussi respectées que les bonzes auxquels elles doivent obéissance.
Contrairement aux moines qui reçoivent chaque jour leur nourriture, les nonnes doivent mendier de l’argent pour acheter des vivres, notamment de l’huile et du sel. Elles n’ont droit à l’offrande matérielle que deux fois par semaine (ou mois selon les sources) et doivent cultiver la terre. Ce sont elles qui cuisinent pour les moines.
Et si on soumettait les candidats de Top Chef à une épreuve dans la cuisine d’un couvent birman?
Leur emploi du temps ne leur laisse que peu de temps pour étudier mais la discipline est plus douce dans les couvents que dans les monastères. Etre nonne ne confère aucun statut particulier et les vocations sont peu nombreuses. On compte environ 25 000 nonnes pour 300 000 moines.
Sous leur robe rose, les nonnes portent le longyi et la blouse birmane: un pied dans la laïcité, un autre dans le sangha (communauté spirituelle)
Après ce très bref aperçu de la vie monastique et du bouddhisme birman, j’ai le plaisir de vous annoncer ma participation à Poses Café, un collectif de photographes tout nouveau, tout beau, né sous l’impulsion de Pixeline et de Thomas Benezeth. Poses Café c’est aussi et surtout un espace collaboratif ouvert à tous les photographes, basé sur un projet 12. Allez y jeter un coup d’oeil , jusqu’à la fin du mois de mars, le thème est libre. Par la suite, il y aura des sujets imposés. Tout y est très bien expliqué. C’est l’occasion de confronter vos images à d’autres regards dans une saine émulation, de découvrir d’autres univers et de progresser en photo. Alors n’hésitez pas à y participer, je serais ravie de vous y retrouver.
Et comme Pâques est déjà à notre porte, je vous souhaite à tous de très belles fêtes.










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