Il est des lieux devant lesquels on se sent tout petit, des lieux dont la beauté nous coupe le souffle et nous rendent à la fois respectueux et infiniment reconnaissants de pouvoir les contempler de nos propres yeux. Le Shwedagon, à Yangon, le sanctuaire bouddhique le plus sacré du pays, est assurément de cette veine.
Je cherche les mots justes pour décrire ce que j’ai ressenti là-bas mais je ne suis pas sûre de les trouver. Je pourrais me réfugier derrière la description très objective de ce monument digne de tous les superlatifs, vous parler des tonnes d’or dont son stupa de 100 m. de haut est recouvert, des pierres précieuses qui sertissent sa girouette, des 64 petites pagodes et des 4 temples qui l’entourent… Je pourrais mais l’essentiel n’est pas là.

Un stupa, c’est une sorte de pyramide d’or en forme de cloche à long manche, entièrement plein. Celui du Shwedagon contiendrait 8 cheveux de Bouddha.
Le Shwedagon ne se résume pas en l’énumération, forcément réductrice, des richesses qui le constituent. C’est bien davantage: l’âme d’un peuple, le coeur battant du bouddhisme birman. On le comprend dès que l’on débouche de l’un des 4 immenses escaliers couverts qui conduisent au sommet de la colline sur laquelle il est érigé, dès que bouche bée, on laisse retomber un peu la stupeur née de l’éblouissement suscitée par cet incroyable forêt d’édifices dorés. Le « spectacle » est partout. Pour notre part, à peine avons-nous commencé de tourner autour du grand stupa dans le sens des aiguilles d’une montre, comme le veut la tradition bouddhique, qu’une procession de jeunes nonnes tout de rose vêtues surgit à l’angle d’une pagode.
Un peu plus loin, des moines se prennent en photo avec leur téléphones portables pendant que des pélerins font leurs offrandes à l’autel dédié à leur jour de naissance. Indifférent à la foule autour de lui, un homme assis au milieu d’une kyrielle de Bouddhas, récite ses prières.
Tout en continuant d’arpenter prudemment le parvis de marbre rendus dangereusement glissant par la pluie fine qui tombe à nouveau, nous observons l’agitation feutrée, le fourmillement des fidèles, les recueillements…
La ferveur n’est pas feinte. Nous restons médusés devant ces trois générations d’une même famille qui méditent absolument immobiles pendant plus d’une demi-heure. Et en voyant cette immense pagode si vibrante de vie, d’enfants qui s’ébattent, de familles qui pique-niquent, nous nous ne pouvons nous empêcher de songer à nos églises désespérément vides, souvent tristes et sombres, où l’on ne parle qu’en chuchotant. Ici, le lieu de culte est tout autant le centre de la vie religieuse que celui de la vie sociale. Nous ferons d’ailleurs le même constat dans toutes les pagodes que nous visiterons en Birmanie.
En nous rendant à Shwedagon en fin de journée, nous imaginions pouvoir profiter des derniers rayons du soleil jouant sur ses ors étincelants. La météo en a décidé autrement et c’est sous un léger crachin qui finit par se transformer en pluie torrentielle que nous parcourons ce lieu mythique. Nous n’en vivons pas moins quelques heures de pure fascination, d’harmonie et de poésie.
Au niveau photo, j’ai un peu galéré. Ne disposant pas d’un objectif super grand angle, il m’était difficile de tout faire rentrer dans le cadre sans amputer une flèche ou décapiter un Bouddha. Et je ne parle pas des problèmes de convergence des perspectives qui se posent inévitablement avec des constructions d’une telle hauteur. L’obscurité qui, dans les zones proches de l’équateur, tombe très vite (à 18h. il fait nuit), ainsi que la pluie ont constitué des difficultés supplémentaires. Comme j’ai trimballé mon trépied à l’autre bout du monde, j’ai, une fois n’est pas coutume, décidé de m’en servir pour tester des pauses longues et transformer pélerins et touristes en silhouettes fantomatiques, ce qui convient assez bien je trouve à l’esprit du lieu. Mais l’utilisation du trépied m’a aussi fait rater lamentablement quelques photos qui nécessitaient de la réactivité. Mon réflex étant solidement fixé à son support, je regrette encore par exemple de n’avoir pu cadrer correctement le spectacle saisissant de la cohorte de volontaires munis de balais qui se déployait en rang pour évacuer la pluie sur le parvis…

San San, notre adorable guide, à l’heure bleue
Et pour vous plonger un peu plus dans l’ambiance birmane, je vous proposerai de temps en temps quelques brèves séances sonores capturées à l’Iphone par mon Romand préféré. N’hésitez pas à cliquer dessus pendant que vous regarderez les photos. Vous vous y croirez!







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