
2020 est déjà bien entamée et j’arrive in extremis pour vous adresser à tous mes meilleurs vœux et douces pensées. Que cette année vous apporte joie, santé et épanouissement! Pour commencer la nouvelle décennie, je vous emmène en balade. Au programme, altitude, grand air et panoramas époustouflants
C’est quoi cette cabane?
En Suisse, selon la région où l’on se trouve, on l’appelle Hütte, chamana ou rifugio. Pas besoin d’être polyglotte pour comprendre qu’il s’agit d’un refuge. Les cabanes font partie d’une longue tradition du tourisme alpin, née à la fin du 19ème siècle. Avec l’essor de l’alpinisme, il a alors fallu trouver des bases de départ pour les courses et des lieux de retraite en cas de mauvais temps. On aménagea des chalets d’alpage haut perchés, on améliora les places de bivouacs des pionniers de l’alpinisme et on construisit les premières cabanes avec des matériaux trouvés sur place. Aujourd’hui, à côté des vieux édifices fixés au rochers depuis des générations, encore nombreux, on voit de plus en plus apparaître des cabanes à l’architecture futuriste, alliant confort et prouesses technologiques. Qu’elles soient design, high tech ou plus basiques, elles séduisent toujours plus, des sportifs aguerris en partance pour des sommets aux simples randonneurs.

Au cours des dernières années, j’ai « fait » quelques cabanes, comme on dit chez nous. S’y rendre n’est pas de tout repos mais la récompense est à la hauteur des efforts consentis. Ces randonnées nous conduisent souvent dans un univers de haute montagne offrant des panoramas spectaculaires que j’ai envie de partager avec vous. Sans plus tarder, je vous emmène en Valais, dans le Val d’Anniviers, pour découvrir une première cabane.
La cabane d’Arpitettaz
Pourquoi grimper là-haut?
En septembre dernier, après trois mois de traitement médical, je devais tester ma forme et m’entraîner en altitude en vue d’un trek dont je vous reparlerai ici.
Même si durant l’été, je me suis efforcée de rester relativement active, je ne savais pas trop de quoi je serais capable. Pour ma première vraie rando de convalescente, j’ai donc choisi une cabane pas trop difficile. Au programme 4h. de marche pour 1’100 m. de dénivelé.

Pour commencer, on longe tranquillement la Navisence à la sortie du village de Zinal. Au Vichiesso, on traverse le torrent sur un tout nouveau pont en bois puis le sentier se raidit.
Il zigzague dans une forêt de mélèzes avant de déboucher sur un alpage où paissent des moutons. On croise une jeune bergère avec laquelle on échange quelques mots puis on continue jusqu’au lac d’Arpitettaz qui marque la moitié du parcours. Jusque-là tout va bien, je tiens le rythme de mes enfants qui m’ont fait le plaisir de m’accompagner.
La deuxième partie s’avère plus compliquée pour moi. On grimpe maintenant dans les rochers. Il fait chaud, j’ai les jambes lourdes et me sens beaucoup moins vaillante que précédemment. Me voyant à la peine, mon fils, prévenant, me déleste de mon sac à dos. Soulagée de ce poids, je repars avec plus d’entrain. Finalement, nous parvenons à la cabane dans le temps prévu. En franchissant les derniers mètres, l’émotion me noue littéralement la gorge. J’ai tenu mon pari! Quelques jours à peine après la fin de ma radiothérapie, j’ai réussi à atteindre mon but. La vie est belle, surtout ici!
Une cabane simple et authentique
A 2’786 m., nichée au coeur d’un spectaculaire environnement de haute montagne, la cabane d’Arpitettaz en impose. Savourant un repos bien mérité sur la terrasse de pierre, les randonneurs se perdent dans la contemplation des sommets environnants (Weisshorn, Besso, Zinalrothorn), hypnotisés par le monumental enchevêtrement de neige et de roche du glacier de Moming.
Construite en 1953 par sept guides, transformée en 1982, Arpitettaz n’a rien à voir avec certaines belles des cimes futuristes qui attirent les foules. Ici pas de lignes élancées, pas de matériaux sophistiqués. Trapue, la bâtisse de pierre fait corps avec la montagne pour mieux résister aux éléments. Tel un caméléon, elle se fond dans le décor à tel point que durant l’ascension on peine à la distinguer.
En 1995, son caractère montagnard, simple et authentique lui a valu un prix Mountain Wilderness. Vingt ans plus tard, elle a subi d’importants travaux de rénovation et a été agrandie. Le confort des visiteurs et des gardiens s’en est trouvé amélioré mais elle a conservé une certaine rusticité et sa capacité d’accueil relativement modeste de 32 visiteurs.

Mountain Wilderness est une organisation de défense des Alpes. Elle s’engage pour une nature à l’état sauvage et un sport de montagne respectueux de l’environnement.
La vie en cabane
Une cabane n’est pas un hôtel et n’offre pas le confort habituel des hébergements de plaine. Arpitettaz, comme 152 autres cabanes, appartient au Club alpin suisse (CAS). Elle est gérée par des bénévoles qui se relaient chaque semaine pendant la saison estivale de juin à mi-septembre. Ils se donnent une peine folle pour satisfaire leurs hôtes avec des moyens limités. Cuisiniers, plombiers, électriciens, ils doivent faire preuve de multiples talents et ne pas compter leurs heures de travail.
Il n’y a pas si longtemps, chacun devait apporter sa propre nourriture. Aujourd’hui, le montagnard n’a plus besoin de trimballer sa pitance. Il trouvera dans cette cabane de quoi se ravitailler et se désaltérer. A Arpitettaz, outre les petits déjeuners, les gardiens servent, le soir uniquement, des repas chauds que l’on appelle encore « repas de dépannage » (réminiscence du temps où il n’y avait pas de demi-pension).
En fin de journée, tout le monde se retrouve dans le réfectoire. Assis à de grandes tables, nous nous régalons d’une soupe, de pizzoccheri (un plat à base de pâtes, de pommes de terre, de légumes et de fromage) et même d’un dessert. Ce repas en commun est l’occasion de rencontrer des gens d’horizons très différents. Les conversations se nouent dans une ambiance très conviviale. On se questionne sur sa provenance, sur les cabanes que l’on a déjà faites, sur l’itinéraire du lendemain…
A peine la dernière bouchée avalée, ceux qui se lanceront très tôt à l’assaut d’un sommet vont se coucher. Les autres prolongent la soirée en jouant aux cartes ou en sirotant une tisane. Les longues veillées sont toutefois rares en altitude et assez rapidement, chacun gagne son dortoir (il n’y a pas de chambre individuelle) en prenant garde de ne pas déranger ceux qui dorment déjà. Après une journée bien remplie, c’est avec bonheur que l’on se glisse dans sa couchette douillette pour une nuit que l’on espère réparatrice (enfin si ses voisins ne ronflent pas trop fort…..)
Les couchettes sont équipées d’oreillers et de duvets, il n’est donc pas nécessaire d’emmener un sac de couchage. Il faut par contre penser à se munir d’un drap en soie ou en coton (« sac à viande »), le linge de lit ne pouvant pas être lavé après chaque nuitée). Une lampe frontale et des bouchons d’oreille sont toujours bien utiles lors d’une nuit en cabane.
Au petit matin, impossible de faire la grasse matinée. Certes je n’ai pas très bien dormi – l’altitude et la promiscuité y sont certainement pour quelque chose – mais surtout j’ai trop envie de voir le soleil allumer les sommets pour flemmer au lit. Je m’habille à la hâte pour ne pas rater les belles lumières de l’aube et me précipite à l’extérieur. La fraîcheur qui me saisit n’entame pas mon enthousiasme. Dans l’air limpide, les montagnes paraissent si proches que l’on a l’impression de pouvoir les toucher du doigt. Le ciel qui s’illumine peu à peu les nimbent de sublimes nuances de rose. Il se dégage de cet impressionnant cirque de montagne une énergie palpable, encore renforcée par les grondements sourds du torrent en contre-bas. Savourant la beauté brute de l’instant, littéralement ancrée au coeur de cet environnement minéral préservé, je me sens terriblement vivante.
Une heure plus tard, régénérée par cette balade matinale, je rentre prendre mon petit déjeuner avant de libérer les dortoirs. On ne saurait s’attarder. Le gardien et ses aides s’affairent déjà à ranger et nettoyer les lieux pour mieux accueillir leurs prochains hôtes. C’est le moment de redescendre. J’ajuste mon sac à dos après avoir pris soin d’y fourrer mes déchets et je m’en vais presque à regret. En chemin, je me retourne pour jeter un dernier coup d’oeil à la petite cabane de pierre en me promettant d’y revenir bientôt.

Et en hiver ?
La cabane reste ouverte durant la saison hivernale mais elle n’est pas gardiennée. En tout temps, les montagnards peuvent s’y réfugier et y trouver tout le matériel nécessaire (matelas, couvertures et duvets, poêle et bois, vaisselle et couverts, casseroles, caquelons à fondue et réchaud). Pour avoir de l’eau, il leur suffit de faire fondre la neige.
Les tarifs des nuitées à Arpitettaz sont variables. Il en coûtera 32 frs. à un adulte (sans les repas). Des réductions sont appliquées aux jeunes et aux membres du CAS. Un « repas de dépannage » se monte à 24 frs et le petit déjeuner à 8 frs. Attention, la réservation préalable est obligatoire!






















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