Avec l’atmosphère printanière qui règne depuis quelques jours, n’allez pas croire que je vous sers des fonds de tiroirs et que mes photos datent de… l’ère glaciaire! Bien au contraire, elles sont toutes récentes puisque je les ai prises la semaine dernière. En fait, il y a plus de deux ans que je voulais retourner au glacier de Zinal (Valais) mais Dame Nature en décidé autrement et en haute montagne, on ne peut faire fi des contraintes qu’elle nous impose. En mars de l’an dernier, ce sont les avalanches qui en bloquaient la voie d’accès puis à Noël, alors même que j’étais à quelques deux cent mètres de mon but, j’ai été obligée de rebrousser chemin. En raison du faible enneigement, il m’était impossible d’avancer sans risque à travers les blocs de pierre de l’ancienne moraine. Bref, venons-en à la semaine dernière.
Ce matin-là, on ne peut rêver meilleures conditions. Le soleil inonde la vallée et fait scintiller la poudre tombée sans interruption la veille. La balade, en raquette pour moi, en « peau de phoque » pour mes deux amis, débute tranquillement à plat le long de la piste de ski de fond. Nous avançons gaillardement sous l’oeil de l’oeil placide du Besso. Au bout du plateau, l’itinéraire commence à grimper. De chaque côté, on aperçoit les cascades de glace qui font le bonheur des amateurs d’escalade. Plus loin, quelques bouleaux confèrent des accents nordiques à un paysage résolument alpin. C’est que ce chemin est celui qui mène à la couronne impériale des 4000 (Cervin – Weisshorn – Dent-Blanche – Obergabelhorn – Zinalrothorn). Dans un silence ouaté, on est saisi par la beauté sauvage de cette montagne épargnée par les barrages et autres gravière. Longeant les berges de la Navizence, muette sous son manteau de neige, on arrive au vallon qui fait le lit de l’imposant glacier. On croit y être mais il faut monter une bonne demi-heure encore dans une vaste plaine d’éboulis, là même où j’ai dû rebrousser chemin en décembre dernier faute de neige. Au loin, on aperçoit les cimes « enfumées » par les bourrasques de vent. Le coup d’oeil est splendide mais malgré les lunettes, l’intensité lumineuse m’arrache des larmes.
Depuis le village de Zinal, on compte 2h30 de marche pour parvenir au glacier, mais avec mes amis, férus de haute montagne, nous avons mis 1h45. J’ai le chic pour m’entourer d’athlètes super-entraînés! J’arrive au but le coeur un peu en chamade. La pente, même si elle n’est pas vertigineuse, est bien réelle et mes raquettes ayant beaucoup moins de portance que des skis, j’enfonce nettement plus dans la neige fraîche que les champions qui me précèdent. Mais le spectacle qui nous attend vaut bien l’effort consenti.
Nous voila enfin face à l’intimidant portail du glacier de Zinal situé à 2100 mètres d’altitude, énorme bouche bleutée dans un écrin immaculé. Sa surface de près de 15 km2 s’étend sur plus de 7 km. Je suis étonnée d’apprendre que la glace voyage depuis 400 ans. Les restes de neige, au dessus de 3000 mètres, mettent en effet environ 10 ans à se transformer en glacier. Et là, bien dissimulées à l’extrémité de sa langue s’ouvrent plusieurs cavités naturelles creusées par les torrents qui courent sous le glacier.
En été, il est impossible d’y pénétrer tant le débit de l’eau est important. En hiver par contre, il est en principe possible d’accéder à un réseau de galeries souterraines. Je dis bien en principe car la profondeur et la configuration de ce réseau varient chaque année en fonction du mouvement du glacier et du travail d’érosion de l’eau. Si parfois on peut s’enfoncer jusqu’à 150 voire 200 mètres dans les entrailles du géant, cette année, il a dû y avoir des éboulements car la cavité ne faisait malheureusement pas plus d’une dizaine de mètres de profondeur. A l’intérieur de cette « cave in blue » où l’on pénètre les yeux écarquillés, il ne fait étonnamment pas froid. Grâce au pouvoir isolant de la glace, la température stagne à 0°. Des rideaux en dentelles de glace la protège des regards extérieurs, les murs tout en nuance de bleu renferment des milliers de petites bulles d’air. Sous la neige, le sol est recouvert d’un sable blanc d’une finesse incroyable que l’on rêverait de fouler pieds nus. Dans le fond, un léger gargouillis nous rappelle que c’est ici que naît la Navizence.
Ce site, souvent caché par des avalanches, a été découvert par hasard en 1996 par un guide anniviard au retour d’une randonnée. C’est aujourd’hui une excursion connue dans la région.
Ce jour-là, nous avons eu la chance d’arriver les premiers sur un site vierge de toute trace, une vraie aubaine. On se serait presque cru dans les confins reculés de l’Arctique!
Parlons un peu photo maintenant. Comment rendre hommage à la grandeur d’une tel endroit en image? Comment traduire sur notre capteur ce « waow » que l’on prononce lorsque l’on arrive sur place?
L’utilisation d’un objectif grand angle est bien sûr tout à fait adéquat pour embrasser l’ensemble du site, mais je me suis rapidement rendue compte qu’il manquait quelques choses à mes photos. C’est bien joli de vouloir montrer des cailloux et un gros glaçon dans une étendue de neige vierge mais sans aucune référence d’échelle, il est très difficile de comprendre où l’on se trouve et de mesurer l’ampleur de ce que l’on veut montrer. Les vues telles celles du triptyque ci-dessous par exemple sont certes esthétiques mais il pourrait tout aussi bien s’agir d’une petite faille (prise en très gros plan) dans l’étang gelé au fond du jardin.
La solution vient tout simplement de l’humain. Eh oui, il suffit d’introduire une personne dans le cadre et votre photo prend tout de suite une autre dimension. Il n’est qu’à comparer par exemple les images 5 et 6 pour s’en convaindre. Sur cette dernière, face au petit homme bleu, la « patte » de glace devient véritablement celle d’un monstre surgit de l’âge de glace. Pensez-y la prochaine fois que vous rouspeterez parce que des importuns s’incrustent inopinément dans votre cadre. Bien plus souvent qu’on ne le croit, ils apportent un vrai plus à vos photos. A condition bien sûr de composer son image en conséquence…
Et que pensez vous de ma version revisitée du petit chaperon rouge que s’apprête à avaler la bouche béante du loup affamé 😉








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