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A la fin juin dernier, ce n’est pas en bikini sur une plage de sable fin que j’inaugurais l’été mais les pieds dans la neige en altitude. Au programme, trekking dans un décor digne de l’Arctique, photo, mouflage et nuits en cabane. Retour sur une aventure exceptionnelle dans l’un des plus somptueux environnements glaciaires d’Europe.

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Grindelwald dans le canton de Berne. Nous embarquons de bon matin dans l’Eigerexpress, une télécabine ultramoderne qui nous emmène à la station du glacier de l’Eiger en seulement 15 minutes. Nous empruntons ensuite le chemin de fer à crémaillère de la Jungfrau qui, depuis 1912, dépose ses passagers dans la gare la plus élevée d’Europe, à 3,454 mètres d’altitude. Attraction touristique majeure, cette ligne est habituellement bondée mais en cet été de covid, elle est étrangement vide.
En sortant de la gare, l’air vif pique les joues et la lumière intense aveugle instantanément l’insensé qui aurait oublié ses lunettes. Le panorama est époustouflant: d’un côté, le regard embrasse tout le Mittelland et porte jusqu’à la Forêt-Noire et les Vosges, tandis que de l’autre se profile le glacier d’Aletsch, bordé de sommets culminant à plus de 4000 mètres. La beauté de ce site, qui rivalise avec celle de la région Cervin-Mont-Rose et du Mont-Blanc, n’a pas échappé à l’UNESCO qui l’a inscrit à son Patrimoine mondial depuis 2001.
Après avoir pris toute la mesure de ce qui nous attend les trois prochains jours, nous sortons par le tunnel du Sphinx sur le glacier. Dans la neige, nous enfilons baudriers et crampons et nous encordons sous la surveillance attentive de notre guide. Même si cette course n’est en soit pas vraiment difficile d’un point de vue purement technique, il n’est en effet pas question de s’y aventurer seul. Le parcours n’est bien évidemment pas balisé et les crevasses sont gigantesques. Commence alors une longue marche sur le glacier Jungfraufirn dans un puissant décor de neige et de roche qui réduit l’humain au statut d’infime fourmi. Le ciel est loin d’être limpide mais qui s’en plaindrait? Soleil et nuages s’en donnent à coeur joie pour modeler à leur guise les courbes de la neige. Il suffit de cligner des yeux pour qu’apparaissent de nouveaux et fugaces reliefs.
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La Koncordiaplatz et sa cabane

Huit kilomètres, une pause pique-nique et cinq heures plus tard, nous foulons la Konkordiaplatz. Etrange appellation pour un endroit situé au coeur des montagnes! Ca ressemble au nom d’une case du Monopoly, sauf qu’ici la démesure est au rendez-vous. La Konkordiaplatz est le lieu de confluence de trois géants de glace qui donnent naissance au grand glacier d’Aletsch, le plus vaste d’Eurasie (23 km). Cette plaine glacée d’1,5 km de large enregistre ici son épaisseur record de 900 m.
Et juste au dessus, en point de mire, sur l’épaule rocheuse, voyez-vous la cabane?

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Déjà bien éprouvé par la longue marche dans la neige, on observe un peu interloqué ce nid d’aigle coiffant une immense balafre dans la falaise. Mais pourquoi donc a-t-il a été construit si haut et comment va-t-on bien pouvoir grimper jusque-là?
L’explication est simple et nous met une énorme claque! En fait, en 1877, au moment de sa construction, la cabane était située à 50 m. seulement du bord du glacier. On y accédait facilement par un sentier sur le rocher. Aujourd’hui, le glacier a perdu une centaine de mètres de hauteur et continue de s’abaisser de 60 cm/an. Au fil du temps, il a fallu installer des échelles en bois qui ont été remplacées par des escaliers métalliques périodiquement déplacés et rallongés. Plus de 450 marches séparent maintenant la cabane du glacier, ce qui représente un ultime effort non négligeable pour les randonneurs qui ont tout intérêt à ne pas trop souffrir de vertige. Et c’est complètement rétamés qu’ils parviennent au sommet! Une façon très physique et concrète de prendre la mesure du réchauffement climatique!
La cabane Concordia, dont il faudrait plutôt parler au pluriel vu ses diverses étapes de construction et de transformation, est la plus grande du club alpin suisse (155 couchettes). C’est aussi l’une des plus fréquentées. Il faut dire que presque tous les visiteurs y passent la nuit car elle est trop éloignée pour faire l’aller-retour le même jour. Si les plus anciens pavillons sont rudimentaires, le bâtiment principal offre des infrastructures modernes et douillettes aux courageux qui s’aventurent jusque-là. Pas question toutefois de prendre une douche. On a beau être situé au dessus du plus grand réservoir d’eau douce d’Europe, il n’y a pas d’eau courante.

En marche pour la seconde cabane
Minéral-glacial
Le lendemain, reposés et requinqués par un copieux petit déj, nous quittons la cabane de bon matin. L’épreuve de l’escalier nous attend à nouveau. A la montée, l’exercice sollicitait certes fortement le muscle cardiaque mais à la descente, il met à rude épreuve la maîtrise de soi. A travers les marches en caillebotis, le regard est littéralement happé par le vide qui nous coupe les jambes. Il faut vraiment faire un effort pour ne pas se laisser submerger par le vertige! C’est avec un réel soulagement que nous remettons pied sur le glacier et nous lançons dans la traversée relativement technique de la Konkordiaplatz. A la queue-leu-leu, encordés, nous suivons scrupuleusement notre guide qui trace prudemment la voie à travers les plis et replis gris-bleuté, les veines à vifs aussi somptueuses qu’effrayantes du glacier.

Un exercice de mouflage

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C’est l’occasion pour notre guide de nous initier au mouflage.
Savez-vous de quoi il s’agit ?
Je n’en avais aucune idée avant ce jour et non ce n’est pas l’art de mettre et d’enlever ses moufles 😉 En gros, c’est une technique qui permet de sortir quelqu’un d’une situation difficile, par exemple en cas de chute dans une crevasse, en créant une démultiplication à l’aide de mousquetons, voire de poulies. Je serais bien incapable de le faire seule mais l’expérience était intéressante.
Une plaine interminable
Mais le temps n’est plus à la flânerie. La météo n’est pas bonne et le soleil ne tarde pas à disparaître derrière les nuages. On accélère la cadence pour arriver à la cabane Hollandia avant la pluie mais les distances sont trompeuses sur ces immenses étendues glaciaires. L’avancée dans la neige lourde et humide est difficile. Nous arrivons finalement trempés et bien fatigués à l’objectif du jour.
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La cabane Hollandia
Située au-dessus du Lötschenlücke, le col qui débouche sur le Lötschental en Valais, la cabane Hollandia est aussi une vénérable vieille dame. Construite en 1907, puis reconstruite en 1933, elle a depuis été agrandie et rénovée plusieurs fois, la dernière en 2000.

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Le brouillard et la pluie ruinent tous nos espoirs de prendre des photos sous les belles lumières du crépuscule. Nous ne serons pas plus chanceux le lendemain à l’aube.
Qu’à cela ne tienne, je n’allais pas renoncer à prendre des photos pour autant. J’aime jouer avec ces aplats blancs qui constituent la toile sur laquelle se posent les différents éléments de l’image. Ci-dessus, j’ai fait le choix de pousser un peu l’exposition pour que le blanc de la neige se fonde avec celui du ciel et concentre le regard sur le graphisme et la texture de la roche. Avec la compression de l’image, on ne le voit pas forcément ici mais le traitement high-key laisse quand même apparaître des détails dans la neige. J’ai également opté pour une composition en diagonale, afin de donner la dimension de cette cabane vraiment haut perchée.
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Le sang des neiges
Lors de notre retour dans la vallée, d’étranges plaques de neige attirent mon attention. Je vous assure, je n’ai pas joué avec les curseurs de photoshop, la neige était véritablement colorée.
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Je ne connaissais pas ce phénomène que l’on observe partout sur la planète et qui teinte en rose les glaciers. On l’appelle le sang des neige ou neige de pastèque. C’est certes assez esthétique mais hélas plutôt inquiétant. Les responsables de cette coloration sont des micro-algues qui prolifèrent de manière inhabituelle à la belle saison et pourraient accélérer la fonte des glaces en réduisant son pouvoir réfléchissant. La neige de pastèque n’est pas uniquement surnommée ainsi à cause de sa couleur, mais également parce que son odeur et son goût rappelleraient un peu ceux de la pastèque. Oubliez toutefois votre gourmandise et gardez-vous d’y goûter car plusieurs facteurs la rendent nocive! Elles n’ont toutefois pas que des inconvénients (enfin, c’est très relatif!). Riches en antioxydants, elles pourraient être intéressantes pour lutter contre le vieillissement des cellules.
Une expérience exigeante

J’espère que cette évasion en haute montagne vous aura intéressés. Je dois bien avouer que cette première expérience s’est révélée assez exigeante physiquement pour moi. Les efforts, la sueur et les courbatures ne sauraient toutefois rivaliser avec le bonheur intense que m’a procuré la découverte de ces espaces naturels grandioses à deux pas de chez moi. Et que dire de la convivialité des moments passés avec mes compagnons de cordée ainsi que de la satisfaction de m’être surpassée? Pour tout cela, je sais que cette première aventure ne sera pas la dernière.
La haute montagne est évidemment un milieu présentant de nombreux dangers. Y aller seul sans aucune expérience relève de l’inconscience. Ces trois jours ont été organisés par le photographe Samuel Bitton et un guide de haute montagne qui ont assuré notre sécurité pendant ces trois jours.



















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