A la volupté sensuelle des courbes du Jura, à la douceur de ses couleurs automnales illustrées dans mon précédent billet, j’ai eu envie d’opposer une autre montagne, plus minérale et rugueuse. Les rondeurs jurassiennes s’effacent devant les sommets pointus des Alpes qui, dans un univers désaturé, nimbés de parures nébuleuses, révèlent toute leur austère majesté.
Le Mont Collon culmine à 3637 m. d’altitude au fond du Val d’Herens/VS
En août dernier, j’ai fait une infidélité au Val d’Anniviers pour passer le week-end dans le Val d’Hérens voisin. Au pied de la Dent-Blanche (4357 m.), cette vallée se déploie entre alpages où paissent des reines belliqueuses en robe noire* et maisons de bois carbonisées par le soleil. Relativement peu courue, elle offre de très nombreuses possibilités d’excursions plus ou moins difficiles dans une nature préservée et des panoramas grandioses.
Comme ce fut malheureusement souvent le cas cet été, la météo ne fut pas vraiment clémente (il faisait surtout très froid en altitude) mais ne nous a pas empêchés de partir à l’assaut des pentes escarpées. Au programme du 1er jour figurait une « balade » à la cabane des Aiguilles rouges. Oui, j’écris bien balade entre guillemets car même si je suis plutôt en forme, je dois bien reconnaître que j’en ai bavé pour tenir le rythme imposé par les copains qui m’accompagnaient. Rôdés aux treks et parfaitement entraînés, ils ont dicté dès le départ une cadence soutenue qui a fait battre la chamade à mon pauvre petit coeur.
C’est qu’une petite soupe dans ce refuge de montagne situé à 2821 mètres d’altitude au pied des Aiguilles rouges d’Arolla se mérite. Si le sentier débute plus ou moins tranquillement entre mélèzes et lac bleu, il conduit très rapidement les randonneurs dans un environnement de haute montagne fait de rochers et de caillasse.
Mon équipe de montagnards acharnés a mis 2h05 pour avaler les 1000 mètres de dénivelés. Je suis parvenue à la cabane avec 15 minutes de retard sur eux. On dira que c’est parce que je prenais des photos 😉 Il n’en demeure pas moins qu’il valait la peine de lever les yeux du sentier de temps en temps pour admirer l’extraordinaire beauté du paysage. Loin de l’Alpe buccolique toute de pâturages verdoyants et de vaches paisibles, on est projeté dans une ambiance lunaire, hostile presque. Ce jour-là, cette atmosphère quasi irréelle étaient renforcée encore par le ciel agité et les nappes de brouillard filtrant une luminosité par moment incroyable. Une aubaine photographique que je m’en serais voulue de laisser passer.
La cabane des Aiguiles rouges a été construite en 1948. Ce sont les parents d’un jeune étudiant en médecine, qui a trouvé la mort lors de l’ascension de l’arrête de Bertol non loin de là, qui l’ont financée avec l’argent qu’ils destinaient initialement à l’installation de son cabinet médical. Le refuge a été édifié dans un endroit jouissant d’une vue impressionnante et où les alpinistes qui voulaient effectuer la traversée des Aiguilles-Rouges pouvaient se reposer avant de partir à l’attaque de cette course longue et difficile.
*Les vaches d’Hérens, totalement noires, sont dotées d’un tempérament vif et belliqueux. A chaque printemps, lors de la montée à l’alpage, elles luttent entre elles avec acharnement, corne contre corne. Les vaches ne sont pas élevées pour combattre, ces affrontements sont naturels. La plus forte de toutes, la « reine » marchera pendant l’été en tête du troupeau.






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