Mais qu’est-ce que c’est que cette idée de partir toute seule au Kurdistan? Tu es sûre que tu vas bien ? m’ont demandé l’air aussi ahuri qu’incrédule tous ceux auxquels je parlais de mon projet au printemps dernier…Il m’a fallu alors leur expliquer que non seulement je ne m’étais jamais sentie aussi bien mais que je me réjouissais comme une petite folle de faire un trek à cheval dans les montagnes célestes du Kirghizstan, et non pas du Kurdistan.
J’imagine qu’à ce stade tout comme eux, vous ouvrez de grands yeux interrogateurs en vous demandant où peut bien se situer ce drôle de pays. Bon, allez installez-vous confortablement, plutôt que de vous faire un long blabla, je vous y emmène.
Trois heures et demi d’avion de Genève à Moscou, 5 heures d’escale, puis un vol de 4 heures et demi et nous voila à Bishkek, capitale du Kirghizstan. On l’appelle aussi le Kirghizistan ou encore la Kirghizie, c’est comme vous voulez ! Coincé entre le Kazakhstan, l’Ouzbekistan, le Tadjikistan et la Chine, cette ancienne Républiques socialiste soviétique d’Asie centrale est à 90% montagneuse. 5 fois plus grande que ma chère Helvétie, elle est surnommé parfois la Suisse de l’Asie en raison de ses sommets dont la moitié dépasse allègrement les 3000 m., certains culminant même à plus de 7’000 m. Partagé en son milieu par la chaîne des Tien Shan, les monts célestes, c’est un pays nomade et équestre par excellence, où en raison du manque d’infrastructures, il faut se déplacer à cheval dès que l’on sort des sentiers battus. Pour moi qui souhaitais me remettre en selle et découvrir une nature préservée au contact des populations locales, c’était une destination de rêve.
Faire un trek à cheval ne me posait à priori aucun problème. Je crois ne jamais vous l’avoir dit ici mais le cheval a été l’une des grandes passions de ma vie et j’ai pratiqué intensément l’équitation pendant plusieurs décennies. Néanmoins, après une pause de plus de 10 ans, il m’a fallu m’y remettre régulièrement, ce que j’ai fait depuis ce printemps. C’est donc en forme et plutôt sûre de moi que j’ai abordé cette aventure. Mais qu’en a-t-il été en pratique et comment se déroule une telle aventure?
Pour une première, j’étais tellement confiante que j’ai mis la barre haut en me lançant d’emblée dans un « grand trek version intégrale », soit 19 jours au total dont 13 à cheval, à raison de 6 à 8 heures de monte quotidiennement. La randonnée ne s’est pas faite en autonomie totale. Un camion d’assistance se chargeait du transport des bagages et du matériel de campement. Nous n’emportions dans des sacoches sur nos montures que le matériel nécessaire pour la journée. 95% du parcours se situant entre 2800 et 4000 mètres d’altitude, les conditions météo peuvent s’avérer très changeantes dans une même journée. Mieux vaut donc être paré contre le froid et la pluie. De même, les températures étant susceptibles de flirter avec 0°C la nuit, un bon équipement est requis pour dormir sous tente ou en yourte. Pour continuer dans les détails purement pratiques, comme nous étions en déplacement toute la journée, un cheval de bât transportait notre pique-nique de midi. Le soir par contre, le cuisinier nous préparait au campement des repas simples mais chauds et très bons. Niveau hygiène en outre, il ne faut pas être trop douillet durant de type de voyage. Très souvent, seule est possible une toilette rapide dans un cours d’eau plutôt frisquet en fin de journée.
Je vous reparlerai plus en détail de ces fantastiques petits chevaux kirghizes au pied si sûr qui nous ont fait découvrir des paysages fantastiques et très variés. De toute confiance dans les passages les plus délicats, ils sont solides, endurants et de très bonne composition. Cependant, malgré ma remise en forme équestre préalable et mon bel optimisme, je dois avouer avoir été lessivée en mettant pied à terre après 8 heures en selle, tout comme mes camarades d’aventure du reste. Il nous est arrivé plus d’une fois d’ailleurs de descendre de cheval pour soulager nos pauvres membres courbaturés ou pour ménager nos montures dans les terrains très accidentés ou très pentus.
Et la photo dans tout ça? Je me suis rendue au Kirghizstan dans l’idée aussi, bien entendu, d’en rapporter de belles images. Sachant que j’allais passer une bonne partie de la journée à cheval, je me suis équipée en conséquence. Il n’était en effet pas envisageable d’emmener mon gros reflex dans pareille aventure. Après différents essais, je me suis décidées pour un hybride, l’Olympus OMD- EM5 II, muni d’un objectif 12-40 mm f 2.8. Ce n’est pas l’appareil le plus compact et le plus léger qui soit mais j’avais vraiment envie de pouvoir disposer de tous les réglages que j’ai l’habitude d’utiliser. Pour le transporter, plutôt qu’ un sac à dos difficile à ouvrir en selle, j’ai choisi un sac banane que j’ai porté en permanence à la taille. Lorsqu’il pleuvait, il restait bien à l’abri sous mon imperméable. Ce système a très bien fonctionné, même si prendre des photos sur un cheval en mouvement n’est vraiment pas évidement (merci le système de stabilisation dans toutes les directions de cet appareil). Mais la principale difficulté s’est avérée d’un autre ordre. Si je savais en partant en groupe, à cheval de surcroît, que je n’aurai pas toute liberté pour m’adonner à ma passion, je pensais toutefois pouvoir le faire à ma guise durant les pauses ainsi qu’en début ou en fin de journée. C’était sans compter la fatigue que j’avais totalement sous-estimée et qui m’a plus d’une fois dissuadée de sortir mon appareil, notamment durant les pauses. La fin de la journée étant consacrée aux soins aux chevaux, au montage et à l’installation du campement ainsi qu’au repas du soir, il ne me restait en définitive que le petit matin à disposition.
Je me suis plusieurs fois réveillée à l’aube pour explorer les environs du campement et nouer quelques contacts avec nos voisins nomades mais à ce rythme-là, mes nuits n’étant pas aussi réparatrices que je l’aurais souhaité, j’ai fini par être complètement crevée et à ne plus avoir envie même de déclencher. Les deux jours de pause au milieu de la rando m’ont heureusement permis de récupérer et de retrouver goût à la photographie.
Ces quelques considérations ne doivent toutefois pas cacher tout le plaisir que j’ai eu à vivre cette expérience et à découvrir ce pays, ses habitants et ses coutumes. Cette terre est belle, elle est rude aussi pour ceux qui la peuplent mais elle est authentique. Un tel voyage a eu le mérite de me faire réfléchir à ce qu’est mon mode de vie, aux rapports que j’ai aux autres, à la nature, à la consommation aussi. J’en suis revenue, non pas changée, mais avec une conscience renforcée de comment je veux vivre et de ce que je veux vivre encore.
J’espère que ce premier billet introductif vous aura donné l’envie d’en savoir davantage à ce sujet. Pour ma part, je me réjouis beaucoup de vous en dire plus sur mes rencontres, mes découvertes et de partager avec vous mes émotions en mots et en photos.
Alors si vous êtes d’accord, en selle!









Laisser un commentaire