
En mai dernier, je publiais ce que je pensais être mon dernier billet sur le Kirghizstan. J’avais l’impression d’avoir fait le tour de ce que je pouvais vous raconter sur mon voyage dans ce pays et et de n’avoir plus rien de bien intéressant à ajouter en lien avec les photos qui restaient sur mon ordi. Plutôt que de radoter, je préférais alors passer à autre chose. Mais c’était sans compter l’actualité littéraire de la rentrée. Parmi la multitude de romans qui s’empilent sur les étals des libraires à cette période de l’année, celui d’un écrivain français de renom, sélectionné tout récemment pour le prix Renaudot, m’incite à vous emmener une nouvelle fois en Asie centrale. Installez-vous confortablement, pour une fois ici on va bouquiner…

Toute la planète livre ne parle que du dernier roman de Laurent Mauvignier qui avec « Continuer« , nous conte l’histoire de Samuel, un adolescent à la dérive, que Sybille, sa mère cherche à remettre sur la bonne voie en l’emmenant à cheval au coeur du Kirghizstan. Le roman est passionnant et remarquablement bien écrit. La prose tendue, crispante même par moment, nous fait vivre une randonnée à haut risque, entre crevasses et à-pics, lacs et vallées, avec ses campements de fortune et ses rencontres improbables avec des Kirghizes ou des Français. C’est aussi un hymne à l’amour d’une mère pour son fils, une chevauchée initiatique au cours de laquelle se reforme peu à peu, non sans mal, le lien distendu entre une femme épuisée de vivre et son fils dégoûté de tout. Je n’en dirais pas plus, sinon que je vous incite vivement à lire ce grand livre d’aventure, ce western d’une splendeur visuelle époustouflante qui mériterait assurément une adaptation cinématographique.
Et si vous avez envie de lire un autre point de vue sur ce livre, allez lire le billet de Laurence sur son blog Instantanés futiles.

L’histoire pourrait s’arrêter là mais ce n’est pas simplement parce que j’ai découvert ce fantastique roman que j’ai voulu écrire ce billet. Il n’est un secret pour personne que très souvent la fiction nait de faits réels. Mauvignier ne s’en cache du reste pas, lui qui, en lisière de « Continuer », indique par une note que :
» L’idée de ce roman est venue de la lecture d’un article du Monde, en août 2014 ».

Dans cet article, il était question d’un homme qui a emmené son fils, un adolescent en difficulté, faire une randonnée à cheval pendant trois mois au Kirghizistan. Père et fils ont vécu une incroyable aventure humaine dont ils ont tiré eux-aussi un livre paru au printemps. Je suis tombée par hasard sur ce bouquin en juin dernier, avant de lire celui de Mauvignier, alors que je cherchais un récit de voyage à cheval. C’est d’abord la photo de couverture qui a retenu mon attention. Le paysage m’évoquait sans doute possible l’Asie centrale, puis c’est le nom de l’un des auteurs qui m’a interpellée: Tom François.
Je n’en croyais pas mes yeux: l’ado rebelle que son père a entraîné dans cette aventure n’est autre que l’un des accompagnants du trek que j’ai accompli au Kirghizstan en été 2015. Pour avoir passé trois semaines en sa compagnie, je connaissais un peu son histoire mais j’ignorais totalement la parution de ce livre. « Dans les pas du fils » relate leur aventure équestre de l’été 2014 mais également les évènements qui l’ont précédée et ceux qui l’ont suivis jusqu’à la fin de l’année scolaire 2015. Il s’achève lorsque Tom s’apprête à retourner au Kirghizstan pour seconder les organisateurs de la randonnée dont je ferai partie. Sans le savoir, j’ai donc vécu en direct la suite du livre!

Le Tom que j’ai connu est un jeune homme attachant et plein de charme. D’un contact facile, souriant et dévoué, il s’est impliqué à fond durant tout le séjour. Il a travaillé sans relâche pour soigner les chevaux, aider les cavaliers, monter le campement etc.. Très à l’aise avec les autochtones, il se débrouillait un peu en russe. Il s’amusait beaucoup avec les jeunes kirghizes qui l’adoraient et aidait même l’un d’un à apprendre le français. Lors de nos conversations, j’ai compris, à demi-mots, qu’il avait un vécu turbulent mais face à ce garçon bien dans sa peau, j’étais loin d’imaginer d’où il revenait. J’ignore ce qu’il devient aujourd’hui mais je veux croire qu’il a continué d’évoluer positivement car c’est vraiment un chic type.

Si le décor et la trame de ces deux livres sont étonnamment similaires, ils n’en sont pas moins très différents dans leur construction et leur style. La prose de ce deuxième livre n’a certes pas le souffle de celle de Mauvignier, mais la plume de Denis Labayle s’avère fluide et pleine de sensibilité. En donnant alternativement la parole au père et au fils, l’auteur nous place tour à tour dans la peau de l’un et de l’autre, nous révélant toute la complexité des rapports inter-générationnels, et nous livre l’histoire touchante d’un père et d’un fils qui cherchent à se retrouver.
Si vous avez soif de dépaysement et d’aventures humaines et que vous ne savez que faire des longues soirées qui s’annoncent, courrez chez votre libraire, je vous assure que vous passerez des heures palpitantes au Kirghizstan avec ces deux bouquins.
Très belle fin de semaine à tous.



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