La route qui s’enfonce dans le Val Lavizzara, au dessus de Locarno, noue et dénoue inlassablement ses lacets. Au fil du trajet emprunté depuis les rives presque méditerranéennes du Lac Majeur, on découvre un paysage préservé, de plus en plus alpin, où le temps semble s’écouler plus lentement qu’ailleurs. Des maisons de pierre trapues, des villages miniatures pittoresques sont accrochés ça et là aux pentes d’une montagne rugueuse. De temps à autres, nous doublons quelques courageux cyclistes peinant sur ce parcours plutôt exigeant. Après une heure de trajet, nous atteignons enfin le but de notre escapade du jour, Mogno, un hameau lové sur un plateau ensoleillé à 1’200 m. d’altitude. Rien à première vue ne le distingue des autres villages traversés jusque-là. Sauf qu’en y regardant bien, on aperçoit en surplomb des demeures rustiques aux toits de pierre, une silhouette entière et massive, un étrange cylindre tronqué en son sommet.
L’histoire de cette construction résolument futuriste mérite d’être contée. Cette église, ou plutôt chapelle vu ses dimensions très réduites, est l’oeuvre de l’architecte tessinois Mario Botta. C’est à lui, l’enfant du pays, que les habitants de Mogno ont confié la tâche de reconstruire la petite église du XVIIème siècle emportée par une avalanche en avril 1986. Leur intention n’était pas de copier à l’identique l’ouvrage détruit mais plutôt de bâtir un temple qui saurait concilier mémoire et présent, histoire de ne pas léguer aux générations futures un monde plus pauvre que celui qu’ils avaient reçu.
L’architecte a conçu un édifice audacieux, de forme elliptique, dont les murs sont constitués de strates alternées de marbre et de granit de la région. Aucune fenêtre ne perce les façades de deux mètres d’épaisseur à leur base. La lumière provient uniquement du toit incliné entièrement ouvert vers le ciel. Les travaux commencèrent en 1992 et durèrent quatre ans. La nouvelle église s’élève au même endroit que la précédente et garde la même orientation. Sa hauteur (17 mètres) correspond à celle de l’ancien clocher. Seules les deux cloches de 1746 ont été récupérées des décombres de l’édifice balayé par l’avalanche.
Vous vous doutez bien que dans notre petite Suisse très conservatrice, un projet architectural aussi avant-gardiste ne pouvait que susciter la controverse. De fait, les batailles tant humaines que juridiques n’ont pas manqué, quand bien même la construction était entièrement financée et l’architecte avait renoncé à ses honoraires! Aujourd’hui, les passions se sont calmées. L’église San Giovanni Battista, dont la notoriété s’étend bien au-delà des frontières du pays, est considérée désormais comme un joyau architectural. Durant la belle saison, les touristes affluent, attirés par la beauté du paysage et l’originalité de cette construction contemporaine au coeur des montagnes tessinoises.
Au niveau photo, je me suis concentrée sur l’intérieur de cette petite église (elle peut tout juste accueillir une quinzaine de personnes) au graphisme étourdissant. Fascinée par la lumière dispensée par ces puits zénithaux, par les jeux d’ombres et les contrastes sur les murs bicolores et la verrière, j’ai gardé l’oeil rivé au viseur pour cadrer dans tous les sens. J’en ai presque attrapé le vertige mais j’avoue avoir été totalement séduite par la force architectonique de cette église et la sérénité régnant en son sein. Et vous êtes-vous sensibles à l’architecture contemporaine?
« Les résistances que l’on rencontre dans la mise en oeuvre d’un projet architectural sont proportionnelles à sa puissance. Si j’avais pondu un projet banal, je n’aurais pas eu la moitié des habitants contre moi et des centaines d’articles critiquant le projet »
Mario Botta, Architecte
« La vocation d’une église est de créer un espace tendu entre la terre et le ciel. Elle n’a pas besoin de fenêtre ouverte vers le monde… Vous n’entrez pas dans une chapelle pour regarder à l’extérieur ».
Mario Botta, Architecte


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