Il fut un temps où dans les allées ombragées de cette cité du Sud de l’Allemagne vous auriez croisé la Reine Victoria, l’Empereur Guillaume Ier, Napoléon III, Tolstoï ou Dostoïevski. Aujourd’hui, si les visiteurs sont nettement moins aristocratiques qu’à l’époque où Baden-Baden était la « capitale estivale de l’Europe », la ville a toutefois su conserver une atmosphère privilégiée hors du temps a laquelle nous avons goûté avec plaisir l’espace d’un petit week-end. Le but de ce billet n’est toutefois pas de vous relater le passé historique de cette ville ni de vous compter mon séjour par le menu mais de parler d’architecture contemporaine et de vous présenter le résultat d’un petit exercice photographique auquel je me suis livrée dans un musée.
Au début des années 2000, Frieder Burda, l’héritier du groupe de presse allemand, charge l’architecte new-yorkais Richard Meier de concevoir l’écrin qui abritera sa spectaculaire collection de peinture du XX et XXIème siècle. Meier n’est pas un débutant, il compte à son actif la conception du musée d’art contemporain de Barcelone, le Getty Center à Los Angeles, ou encore l’Eglise du jubilé à Rome. Connu pour ses immeubles géométriques et surtout son travail sur la couleur blanche, l’architecte crée un immeuble de trois étages à la façade d’aluminium blanc cassé le long de la Lichtentaler Allee. Cette promenade mondialement connue que bordent des hôtels de prestiges et des villas élégantes traverse un parc paysager incomparable plantés d’arbres tricentenaires
Parfaitement intégré dans son environnement, l’extérieur très contemporain est séduisant mais c’est une fois à l’intérieur que j’ai eu un vrai coup de coeur. La structure aérée, la conjugaison de lumière et de verre confèrent beaucoup d’élégance à cette architecture qu’aucun escalier ne vient « polluer ». On passe de niveau en niveau par des coursives de bateau suspendues dans un vide dont on est distrait par de grandes ouvertures sur la nature et la ville. Les espaces d’exposition clairement structurés en enfilade sont traités en blanc. Meier considère que « la blancheur permet de mieux appréhender les idées architecturales – telles la différence entre opacité et transparence, entre plein et vide, entre structure et surface. Ces choses sont plus perceptibles dans un environnement blanc ». Et l’effet est réussi, les visiteurs se rendent immédiatement compte qu’ils se trouvent dans un véritable « musée de la lumière du jour ».

« Dans ce lieu, l’expérience de l’espace et l’expérience de l’art se complètent avec une qualité particulière ».
Richard Meier, Architecte
Je n’aurais pas la prétention de dire que je m’y connais en art contemporain. L’exposition présentée était intéressante mais j’avoue que très rapidement mon attention s’est détournée des oeuvres proprement dites pour se focaliser sur l’espace environnant. Fascinée par la conception du bâtiment et l’habile manière dont la lumière modèle ces espaces entièrement blancs pour leur donner un volume différent selon son intensité, j’ai sorti mon appareil photo pour tenter différents clichés. J’ai pris un plaisir fou à soigner mes cadrages et à composer des images plutôt graphiques. Pendant de longues minutes parfois, l’oeil scrute tous les éléments dans le viseur veillant à aligner une verticale/horizontale avec le bord du cadre, à insérer une diagonale pile dans un coin, ou à s’assurer d’une parfaite symétrie. Il faut être précis, méticuleux, ce genre de photo n’a rien de spontané. On se déplace, on se baisse ou alors parfois on peste car même en surélevant l’appareil, il manque quelques centimètres pour parvenir au résultat recherché. Mais lorsque l’on obtient enfin ce que l’on veut, c’est tellement jubilatoire .
« C’est la lumière qui, dans ce musée, est le matériau le plus important, elle revêt ici une fonction clé ».
Richard Meier, Architecte


Je me suis aussi amusée à chercher des correspondances visuelles entre les oeuvres exposées et l’architecture, à jouer avec les espaces négatifs blancs afin de créer un effet de cadre dans le cadre, et à intégrer une présence humaine dans mes images. Dans ce dernier cas, l’exercice se corse un peu car la prise de vue nécessite un déclenchement plus rapide, moins maîtrisé. Mais en se positionnant au bon endroit et en attendant patiemment que quelqu’un traverse le cadre, ce qui arrive fatalement, on arrive à ses fins.

Dans le même esprit, je vous avais déjà présenté des images en noir et blanc réalisées au musée Paul Klee à Berne. Avec ces nouvelles images, j’expérimente cette fois-ci une approche en couleur de la photo en musée qui je l’espère retiendra votre attention.

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