Fait-il nuit, fait-il jour? Je n’en ai pas la moindre idée. Les bras de Morphée se délient, me laissant dans un demi-sommeil cotonneux. Je ne sais plus vraiment où je suis. Mes paupières s’ouvrent lentement mais je ne vois rien. Evidemment, durant la nuit mon bonnet est tombé sur mes yeux et j’ai la tête entièrement encapuchonnée. Comme une larve prisonnière de son cocon, je me démène pour me dégager et lorsque mon visage émerge enfin de l’énorme sac de couchage, la morsure de la froidure ambiante achève de me réveiller. C’est qu’il ne fait pas vraiment chaud dans cette « chambre ». Je reprends mes esprits dans un étrange silence ouaté. Ma vue s’habitue peu à peu à cette clarté, pas vraiment blanche, à peine bleutée, juste de la couleur du froid.. A mes côtés, enseveli dans son emballage polaire bleu, mon Romand dort du sommeil du juste. Lui qui redoutait cette nuit semble malgré tout avoir trouvé le sommeil. Le lit de neige et de glace recouvert de peaux de rennes s’est avéré en définitive assez confortable. A ma montre, il n’est pas encore 7h.00. Il me reste une demi-heure environ avant que les hôtesses viennent réveiller les dormeurs et leur demandent de libérer leurs cellules gelées. J’ai envie d’en profiter pour me balader dans cet endroit hors norme, grimper sur la terrasse de glace et aller voir le soleil se lever sur la Torne River toute proche. Toujours frileusement emmaillotée dans mon sac de couchage, coiffée de mon indispensable bonnet et vêtue de sous-vêtements thermiques et de chaussettes chaudes (non les nuits en igloo ne sont pas vraiment sexy), je réfléchis à la meilleure méthode pour m’habiller sans me transformer illico en glaçon. Après avoir plongé pour récupérer mon pantalon de ski et ma doudoune roulés en boule au fond de mon duvet arctique, je me tortille pour les enfiler à l’intérieur de celui-ci. Il ne me reste plus ensuite qu’à m’extraire de mon chaud cocon pour enfiler mes bottes restées au pied du lit et me voila équipée pour une petite balade dans ce congélateur géant. Avant de soulever la peau de rennes faisant office de porte, je jette un rapide coup d’oeil à notre chambre. Ce n’est pas l’une de ces suites luxueusement sculptées par des artistes visitées la veille, juste un lit, deux fauteuils, une table basse en glace bien sûr. Pas de salle de bain attenante non plus. Les toilettes et vestiaires communs sont situés dans un bâtiment « chaud » situé un peu plus loin.
Soulevant la peau de bête qui fait office de porte, j’aperçois dans le couloir quelques rares silhouettes engoncées dans d’épais vêtement chauds déambuler parmi les sculptures de glace. Je profite du calme pour prendre quelques photos et même me lancer dans des autoportraits fantomatiques…
Un peu plus loin, la réception est encore déserte. Ce n’est qu’à l’ouverture des portes au public qu’une sorte de lapon de l’espace viendra prendre son poste.
L’heure avance, le palais de glace s’éveille. De jeunes hôtesses souriantes, munies de réservoir sur le dos, défilent dans les chambre pour servir aux touristes endormis un délicieux jus de baie chaud. Peu à peu les plus matinaux d’entre eux apparaissent, le bonnet de travers, leur énorme sac de couchage arctique bleu autour du cou. Il est tellement imposant qu’il est impossible de le porter autrement. Ils affluent tous vers les vestiaires collectifs (seuls ceux qui ont réservé des suites on droit à des vestiaires privés) où règne une ambiance bon enfant. En sous-vêtements, quelques uns la mine un peu défaite, ils fouillent dans leurs bagages restés pour la nuit dans les casiers qui leur sont dédiés. Après leur toilette matinale, certains iront se relaxer au sauna, d’autres fileront directement prendre leur petit-déj. au restaurant de l’hôtel « chaud ». A regret, il me faut abandonner mes déambulations pour aller réveiller l’homme et libérer les lieux au terme de cette expérience fantastique.
Vous vous demandez certainement si nous avons bien dormi. Nous n’avons pas eu froid, les sacs fournis par l’hôtel sont vraiment très épais. Mieux vaut toutefois enfouir son visage à l’intérieur pour éviter d’avoir le nez gelé. Le sentiment entre ces murs de neige et de glace est assez étrange mais les lits sont confortables. Mon Romand préféré, un peu claustrophobe, a toutefois passé une bonne partie de sa nuit à écouter de la musique sur son Iphone…
Le Icehotel est située à Jukkasjärvi, petite localité suédoise à 200 km au nord du cercle arctique. A l’origine simple igloo de 50 m2 où était exposées des sculptures de glace, il s’est peu à peu agrandi jusqu’à devenir à la fin des années 1990 un hôtel pour héberger des visiteurs toujours plus nombreux. C’est actuellement le plus grand hôtel au monde uniquement fait de glace et l’une des destinations phares de la Suède. Chaque année, dès que les températures descendent suffisamment en dessous de zéro degré, un travail titanesque commence. 30 000 tonnes de neige et 4000 tonnes de glace prélevée directement sur les bords de la Torne River servent à la construction de ce monument d’une surface de 5000 m². Plus qu’un hôtel, c’est un projet artistique qui réunit une trentaine de sculpteurs du monde entier spécialisés uniquement dans la décoration. Ils se voient attribuer chacun une ou plusieurs suites à aménager dans le thème qu’ils auront choisis.
Outre une soixantaine de chambres, dont certaines sont de véritables oeuvres d’art, le complexe abrite une chapelle pour les baptêmes et les mariages, une galerie où sont exposées des sculptures de glace, une salle de cinéma avec écran de glace et un bar. Dans ce dernier, même les verres dans lesquels on vous sert des cocktails sont en glace. Le spectacle est étonnant et réellement splendide. Les conditions climatiques à l’intérieur de l’hôtel sont relativement confortables puisqu’il n’y fait « que » -5 à -8°C, alors qu’au dehors, il peut faire -40°C. On ne peut prendre possession des « chambres » qu’à partir de 18h00 et le lendemain, il faut faire place nette en 7h00 et 8h00, car durant la journée, l’hôtel se visite comme n’importe quel monument. Les plus frileux peuvent passer la nuit dans des chalets en bois voisins mais à mon avis, il serait dommage de se priver d’une telle expérience.Une nuit est selon moi suffisantes pour garder un souvenir incomparable de cette expérience „glaciale“ car les prix sont également en rapport avec la „rareté et l’exclusivité“ du produit. Et à votre départ, on vous délivrera un diplôme de « survivant » de la nuit polaire.
L’hôtel accueille les visiteurs de la mi-décembre à fin avril-début mai. La belle saison faisant son oeuvre, il disparaît peu à peu et rend à la rivière l’eau qu’elle lui a prêtée pendant l’hiver.
Si vous voulez voir d’avantage de photos de cet hôtel, c’est ici.








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