Vous souvenez-vous ? Au mois de mars dernier, j’étais partie une semaine en Laponie. Ce voyage avait fait l’objet de quelques billets mais avec l’arrivée de la belle saison, cette série de neige et de froid m’avait parue incongrue. Je l’avais donc suspendue. L’hiver revenu, j’ai envie de partager avec vous encore quelques tranches de mon périple scandinave. Habillez-vous chaudement et direction le nord de la Suède, au-delà du cercle polaire.
A quelques kilomètres à peine de l’hôtel de glace où nous avons passé une nuit mémorable, nous arrivons à un gros bourg qui semble endormi dans son manteau blanc, adossé à une colline. Mais nous ne nous fions pas à cet engourdissement, il n’est qu’apparent. Vu de loin, Kiruna ne paie certes pas de mine mais gare au jeu de « maux ».
La partie visible de la mine de fer à l’extérieur de la ville
Créée de toute pièce en 1900 pour accueillir les habitants attirés par la découverte d’un gisement de fer, la ville la plus septentrionale de Suède est en perpétuel mouvement. Posée sur une gigantesque mine de fer, la plus grande au monde, Kiruna est aujourd’hui menacée de disparaître dans les entrailles de la terre en raison même de l’extraction du minerai qui fait sa prospérité. Parce qu’il faut creuser toujours plus profond, à 1365 mètres sous terre exactement, le sol se fissure et le bourg est menacé. En 2004, la compagnie publique LKAB qui exploite le minerai a annoncé à la mairie que l’extraction risquait de faire s’effondrer des bâtiments et qu’il fallait déménager. D’ici trois ans, des bâtiments vont être évacués puis détruits, obligeant à reloger leurs habitants.
Avec le temps des travaux pharaoniques attendent la cité. Les routes seront déplacées et plusieurs quartiers seront démantelés. Certains édifices, associés à la mémoire de la ville seront démontés puis réassemblés comme des légos à leur nouvelle adresse, à environ trois kilomètres au nord. Tel sera le cas de la la gare et de la monumentale église en bois rouge, aux faux airs de tente lapone, offert par LKAB à Kiruna en 1912. Le déplacement d’ici une vingtaine d’années de ce bâtiment qui fait la fierté de ses habitants marquera la fin de l’opération.
Pour l’heure, elle trône fièrement au somment d’une petite colline au milieu d’une paisible forêt de bouleaux.
Les habitants font preuve de fatalisme. Il faut dire que si la poursuite de l’exploitation de la mine entraînera l’effondrement d’une partie de la ville, l’arrêt de son exploitation signerait sa mort économique. Un habitant sur 10 travaille pour LKAB dont les salaires sont particulièrement attractifs. Et ce chiffre ne prend pas en compte les armées de sous-traitants et les emplois induits. Pour vous donner une idée de l’importance de cette exploitation, imaginez que l’on extrait chaque jour du gisement autant de minerai qu’il faut pour construire cinq tours Eiffel.
Nous n’avons fait qu’une brève halte dans ce gros bourg d’environ 20’000 habitants. Hormis son église tout à fait remarquable et l’histoire liée à sa mine, elle n’est pas vraiment séduisante et ne retient pas le touriste lamba. En raison de son aéroport, elle sert surtout de point de départ pour des excursions dans le nord de la Suède ou en Norvège toute proche.




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