Un petit sourire satisfait aux lèvres, elle contemple le reflet que lui renvoie son miroir. Parfaite, elle sera parfaite pour la levée des danses du vendredi. Elle tourne une fois, deux fois sur elle même en chantonnant puis retourne farfouiller dans son armoire. La robe bleue fera bien l’affaire le samedi mais… Elle se rembrunit à la vue de la brune. Non, décidément elle ne peut décemment pas remettre le dimanche une robe qu’elle a déjà portée l’année précédente. Heureusement que Mathilde lui a proposé de lui en prêter une autre. Pourvu que la taille convienne.
C’est que pour elle, cette Bénichon est vraiment particulière. L’an dernier, le président lui a demandé d’être sa danseuse. Il portera, comme tous les autres jeunes, costard trois pièces et cravate et tous deux devront trois jours de suite ouvrir le bal. Le temps de quelques mesures de musique, ils seront seuls à évoluer sur l’estrade devant tout le village. Valse, tango, marche, ils ont suivi consciencieusement les cours de danse organisés durant l’été par la société de jeunesse. Ils ne sont pas vraiment à l’aise mais ils s’appliqueront. Pas question d’être ridicules, on ne badine pas avec les traditions dans ce coin de terroir.
Et puis surtout, cette fête, c’est celle de tous les jeunes du village, celle pour laquelle ils mouillent leur t-shirt depuis plusieurs semaines, en assumant seuls toute l’organisation. Elle le sait, ils seront complètement cassés à l’issue de ces trois jours mais ils feront une noce d’enfer dont ils se réjouissent d’année en année. Et même si leurs heures de sommeil se compteront sur les doigts de la main, ils assureront pour servir au bar et sous la cantine, ranger les lendemains d’hier et prouver à toute la population locale que la jeunesse d’aujourd’hui vaut bien celle d’antan.
Le week-end dernier, la fête fût ensoleillée et très réussie dans mon village. Melle la présidente, très souriante, a parfaitement tenu son rôle et n’a pas trébuché sur ses talons de quinze centimètres en ouvrant le bal avec mon fils.
La Bénichon est une fête traditionnelle fribourgeoise. Religieuse au XVème siècle, elle est rapidement devenu profane. Il s’agissait de faire bombance pour célébrer la fin des travaux des champs et le retour des troupeaux de montagne. Aujourd’hui encore, on mange beaucoup à cette occasion. Le célèbre menu de Bénichon filerait une indigestion à Gargantua. Je n’ai pour ma part jamais réussi à en ingurgiter ne serait-ce que le tiers…
Peu de couleurs mais beaucoup de belles images chez Donlope dès dimanche prochain avec les autres participants au projet 52.




Laisser un commentaire