Ce dimanche matin de fin d’octobre, je suis restée un bon moment debout dans le hall de la gare de l’Est à Paris, les yeux mi-clos, sans chercher à prendre des photos. Dans ce lieu de mobilisation qui a vu défiler des millions de soldats se rendant au front lors de la guerre de 14-18, puis lors du 2ème conflit mondial, c’est comme si j’avais rendez-vous avec l’histoire.
La plus ancienne des grandes gares parisiennes actuelles a longtemps été réputée comme la plus belle du monde, par son esthétique et ses qualités techniques.Ses façades et toitures, ainsi que les deux halls d’arrivée et de départ sont du reste inscrits aux monuments historiques depuis 1984. Au fond, sur le fronton du hall, est exposé depuis 1926 le grand tableau du peintre américain Albert Herter intitulé « Le Départ des poilus, août 1914 ». Cette toile illustrant des hommes et des femmes se pressant sur le quai, s’embrassant à la fois graves et enthousiastes donne le ton (on en aperçoit un fragment en bas à gauche de la photo ci-dessus). A contempler cette oeuvre, j’en arrive presque à percevoir le bruit des bottes sur le dallage, l’excitation du départ, l’angoisse des proches venus prendre congé de ceux qui partent au combat. Et flottant dans le ciel de verre, les photos monumentales de Didier Pazéry donnent des visages à ceux qui ont connu l’enfer du front de la 1ère guerre mondiale.
Didier Pazery a immortalisé les derniers poilus entre 1994 et 2007 et composé, des portraits d’anciens soldats posant avec leur cliché d’époque. Avec près de 80 grands formats exposés à l’intérieur et à l’extérieur de la gare, l’exposition offre une plongée au coeur de cet épisode historique qui fête cette année son centenaire.
Touchée tant par le lieu que par son histoire et les portraits de ces anciens combattants, j’ai finalement saisi mon appareil pour tenter de retranscrire ce que j’avais ressenti. J’ai pris le parti d’utiliser les forts contrastes de luminosité que j’ai encore accentués au post-traitement, afin non seulement de valoriser le graphisme du bâtiment mais également de mettre en évidence ces portraits qui me semblaient surgir d’une autre dimension.
L’exposition « 14, visages et vestiges de la grande guerre » du photographe Didier Pazéry est visible à la gare de l’Est à Paris jusqu’au 30 novembre prochain.
Poilu versus Chevelue…





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