En Birmanie, l’or ne se trouve pas uniquement sur le toit des pagodes et les statues de Bouddha. Les Birmans ont dans leurs mains des savoir-faire tout aussi précieux. Au cours de notre voyage, nous avons eu la chance de visiter de nombreux ateliers d’artisans dont la dextérité nous a fascinés. Des métiers oubliés ou méconnus dans nos pays industrialisés que j’ai envie de vous faire découvrir à travers une série consacrée à ces professions d’un autre temps.
C’est par la fabrication des laques que je vais commencer. Les laques de Bagan sont réputés pour être les plus travaillés du pays. Petite précision en passant, je ne me suis pas trompée de genre, on dit bien un laque pour l’objet réalisé, la laque étant la résine utilisée lors de sa fabrication. Je fais un peu la maline maintenant, mais j’avoue qu’avant cette visite, j’ignorais totalement la manière dont les laques étaient confectionnés. Petit tour d’atelier en images.

Les tiges de bambous sont fendues en lamelles
Première découverte, j’apprends que la laque a pour fonction première d’imperméabiliser et de conserver des objets en vannerie. Les artisans commencent donc par confectionner l’armature d’objets de toutes sortes (boîtes, saladiers, plateaux, bols etc.) en bambous.

Tressage de crins de chevaux sur un cadre en bambou
Parfois ils utilisent du bois de Teck, ou même des crins de cheval pour réaliser des bols élastiques incassables. Imaginez la patience pour réaliser un seul gobelet!

Boites en bambous enduites de résine
Les objets sont ensuite enduits de la sève d’un arbre au nom pas possible, une résine grise, mélangée à de la cendre, qui se solidifie et devient noire au contact de l’air.
Une fois cette couche sèche (il faut compter une semaine), elle est polie puis l’opération est répétée au minimum à 6 reprises. Le processus est long. On peut aller jusqu’à une vingtaine de couches. L’objet entièrement noir est alors prêt à être décoré.

Application de la couleur jaune
Après gravage au stylet (cf. 1ère photo), le dessin est rempli par une couleur en poudre. Le support est ensuite rincé, poncé et recouvert à nouveau de résine incolore. L’opération se répète à chaque couleur.

La réalisation d’un laque polychrome requiert douze étapes successives, voire d’avantage, et six mois de travail.

Lavage des objets dorés à la feuille
Les prix varient en fonction du nombre de couleurs utilisées, de leur support (ceux en crin de crins de cheval sont plus onéreux) et de la présence ou non d’or dans leur décoration.
Pour acquérir une bonne technique, il faut compter trois ans d’apprentissage. Les artisans, ou plutôt les artistes qui réalisent les décors, travaillent sans modèle, en gravant directement l’objet au stylet. La maîtrise du geste et leur sens de la symétrie sont absolument époustouflantes. Acheter des laques dans un atelier comme celui que nous avons visité coûte certes un peu plus cher que dans les marchés. C’est toutefois la garantie qu’il s’agit de laques authentiques et non de copies peintes. C’est également assurer un revenu à tous ces artisans et la pérennité de ces gestes ancestraux.




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