Ne cherchez pas à briser la glace, c’est inutile!
Vous allez peut-être me prendre pour une affreuse snob froide et distante qui refuse de faire ami-ami avec vous, mais je vous assure, elle a déjà fondu…
C’est que le phénomène fut éphémère. La semaine dernière, il a fallu attendre que la bise glaciale, qui sévissait jusque-là, tombe enfin pour que le lac de Joux se fige en une seule nuit. 8 centimètres de glace, ce n’est pas énorme mais c’est suffisant pour que les fanions passent au vert, autorisant la marche et le patinage sur sa quasi totalité. J’attendais cette occasion depuis trop longtemps pour la laisser passer. Vendredi dernier, j’ai donc remisé provisoirement mes skis et mon projet de week-end dans les Alpes pour me retrouver, quelque 100 kilomètres plus tard, dans le Jura, prête à m’élancer toutes lames dehors sur la plus grand patinoire d’Europe.
Mes débuts sur des patins furent très hésitants, pour ne pas dire vacillants, mais après quelques pas peu assurés, j’ai rapidement retrouvé mes réflexes d’enfance (je vous ai déjà dit que dans mon jeune âge, je me prenais pour une princesse des glaces en tutu rose pailleté prénommée Yolande…).
Autant tourner en rond sur une patinoire artificielle m’ennuie, autant sur une aussi vaste surface, dans un décor d’une telle beauté, l’expérience me ravit. J’ai savouré le plaisir de glisser sur cette immense étendue magnifiquement lisse, éprouvant un sentiment de liberté étourdissant. En plus, en cet après-midi de fin de semaine, il n’y avait pratiquement personne. Seuls quelques chars à voile sillonnaient le lac d’un bord à l’autre dans un sifflement à peine audible.
J’ai saisi l’opportunité de m’essayer à quelques filés en jouant avec des vitesses lentes de mon appareil. Mais même en fermant au maximum mon diaphragme, trop de lumière éblouissait encore mon capteur pour obtenir des photos satisfaisantes. Un filtre ND (ou à densité neutre, c’est-à-dire qui absorbe la lumière) vissé sur mon objectif m’a permis d’éviter de cramer mes clichés et de saisir ces fameuses traînées qui traduisent sur l’image une impression de mouvement. Les filés sont certes plus spectaculaire avec un arrière plan riche en couleurs mais en l’occurrence, j’aime la douceur de ces tonalités plutôt désaturées. Je vous épargne mes très nombreux essais (en la matière, on bénit la gratuité du numérique). Si je suis parvenue à des résultats très classiques dans un premier temps, j’ai ensuite poussé mes expérimentations toujours plus loin jusqu’à obtenir des images au rendu nettement plus abstrait et épuré qui correspondent davantage à mes envies du moment.
Le lendemain devait me permettre d’autres expériences mais le ciel en a voulu autrement. Le mercure étant remonté durant la nuit, la pluie s’en est mêlée. La glace a « pourri » comme disent ceux d’en-haut et samedi, les fanions rouges ont remplacé les verts. La foule de citadins avides de sensations et d’air pur annoncée pour le week-end n’a pas fait le déplacement. Rien n’est venu troubler la quiétude de la Vallée. A un mois de l’arrivée du printemps, cet après-midi sur la glace risque bien, hélas, de rester le seul et l’unique de la saison…





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