A la mi-juillet dernier, partie en dernière minute pour éviter que mes vacances ne se noient dans une Suisse romande qui prenait l’eau, j’arpentais les rues de Syracuse en savourant à leur juste valeur chaleur bienfaisante et lumière. Mon appareil photo en bandoulière, l’oeil à l’affut, je cherchais un bon sujet à me mettre sous le capteur. La pratique de la photographie lorsqu’elle est solitaire n’excluant pas une certaine forme de cogitation, je laissais mes pensées vagabonder. J’aime le soleil pour être à l’ombre, m’avait-elle dit en riant lors d’une balade sous la pluie peu avant mon départ. Je souriais en repensant aux mots ironiques de mon amie, lorsqu’apparut à l’orée d’une ruelle, une silhouette masculine toute auréolée de la lumière rasante de fin d’après-midi. Elle avançait lentement comme savent le faire les gens du sud qui ont tout le temps, projetant devant elle une ombre longue comme le jour qui s’étire. Le sol, douché par des milliers de particules ambrées, révélait toute le graphisme de sa structure. Je réalisais tout à coup que je tenais mon sujet photographique, qu’il ne résidait non pas dans la grandeur d’un monument ou l’exotisme d’une scène mais dans une alchimie beaucoup plus subtile. Je me rendis compte que moi j’aimais le soleil parce qu’il me permettait de photographier l’ombre.
Ce constat a guidé mon objectif tout au long de la semaine passée en Sicile. M’intéresser aux jeux d’ombres et de lumière m’a permis d’échapper à la littéralité des choses, à leur côté carte postale. C’est la lumière qui a dirigé mon regard plus que l’objet lui-même. Dans cette terre antique, elle m’a révélé des textures, a modelé des formes et m’a permis de découvrir une beauté à laquelle je n’aurais pas forcément prêté attention.
Ayant aussi dans l’idée de continuer la série commencée au printemps 2013 lors d’un week-end prolongé dans la région de Ragusa, j’ai opté pour le format carré et un traitement sépia pour conférer à mes images chaleur et intemporalité. Dans la foulée, j’ai retravaillé mes premiers clichés par souci de cohérence avec les photos les plus récentes, en tenant compte également des remarques qui avaient été formulées alors tant sur le vignettage flouté que sur la tonalité un peu trop bleutée de certaines d’entre elles.
Je n’ai pas envie de mettre d’avantage de mots sur cette série et vous laisse vous plonger dans ces fragments d’ambiance sicilienne en savourant une gelato ou pourquoi pas un verre de Marsala et des grissini, en espérant que vous serez gagnés par la douce indolence de l’Italie baroque.
Ces photos ont été prises à Syracuse et à Catane.









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