
Il y a bien trop longtemps que je n’ai plus écrit par ici. Ce n’est pas que l’envie ou la matière m’ait manqué mais ma priorité était ailleurs. Retour sur les évènements de ces derniers mois qui ont passablement bousculé mon existence…
Une ombre au tableau
Au début juin dernier, je sillonnais les routes de France, heureuse d’une échappée de quelques jours qui s’annonçait fort belle, lorsque mon téléphone a sonné. Le numéro m’était inconnu mais lorsque j’ai répondu, j’ai immédiatement reconnu la voix au bout du fil. J’ai écouté incrédule ce qu’elle me disait, lui demandant la boule au ventre de répéter et de m’expliquer avant de noter d’une main peu assurée le rendez-vous qu’elle me fixait. Il m’a fallu plusieurs minutes après la fin de cette conversation pour me calmer intérieurement et annoncer la gorge nouée à mon compagnon que nos vacances n’en seraient plus vraiment.
Dans ma tête, il n’y avait désormais plus que cette tache, une tache suffisamment suspecte, m’a-t-elle dit, pour nécessiter très rapidement des examens complémentaires. Un tache qui allait polluer constamment mon esprit tant que je n’en saurais pas davantage.
Le choc
Au moment de recevoir ce coup de fil, j’avais déjà oublié que la veille de notre départ, je m’étais rendue en vitesse et sans aucune appréhension au dépistage usuel auquel on m’avait convoquée. Pour moi qui me sentais en pleine forme, il s’agissait d’une simple formalité, un contrôle de routine banal comme j’en avais déjà subi plusieurs. Absolument rien ne pouvait me laisser présager que cette fois-ci, la suite allait être bien différente…
Une semaine plus tard, la batterie d’examens auxquels j’ai dû me soumettre à mon retour en Suisse (biopsie, irm, ultrasons) confirmait hélas ce que depuis lors je redoutais: l’ombre au tableau était bien un cancer.
Comme dans un mauvais rêve, j’ai entendu ma gynécologue me parler de carcinome invasif, de tumorectomie, de radiothérapie et j’en passe, un jargon que jamais je n’aurais imaginé entendre me concernant. La situation était surréaliste, alors que je n’avais mal nulle part, je me retrouvais brutalement plongée dans l’univers des malades graves.

Le traitement
La prise en charge a été rapide, efficace. Le corps médical m’a présenté mon cas de manière claire, transparente, avec l’empathie de circonstance. J’ai été opérée non pas d’une, comme le révélait la mammographie, mais de deux petites tumeurs du sein. Ma toubib a fait du beau boulot et ne m’a pas transformée en amazone. Le plus difficile a été d’attendre les résultats des analyses du ganglion sentinelle prélevé lors de l’opération. Ce sont eux qui déterminent la suite du traitement. Après une nouvelle semaine angoissante, j’ai pleuré de soulagement en apprenant que les cellules cancéreuses ne s’étaient pas propagées plus loin et que j’échappais à une chimiothérapie, dont la seule évocation me terrorisait au plus haut point. J’ai néanmoins été largement irradiée durant tout l’été, histoire de bien nettoyer la place!
Pourquoi en parler?
J’ai longuement hésité à le faire. Même si je partage sur ce blog une partie de ma vie, des récits et des photos de mes voyages, je n’aborde aucune question intime. Je sais le sujet délicat, il peut déranger, mettre mal à l’aise. Jusqu’à ce printemps, le cancer était un monde que je ne voulais pas connaître. Par pudeur ou par peur, je n’osais pas non plus aborder ce sujet avec les personnes concernées que je connaissais. Au cours de mon traitement, j’ai peu fait état de ma maladie, seuls mes proches étaient au courant. Ce n’est qu’aujourd’hui, à la fin de ce mois d’octobre qui a largement repeint le monde en rose, que j’ai voulu joindre ma voix à celles de toutes ces femmes, 1 sur 8 (c’est énorme!), qui sont touchées par le cancer. Je ne m’en rendais pas compte avant d’en être atteinte, c’est un vraie épidémie qui touche énormément de gens, des femmes et des hommes de tous âges et qui reste encore beaucoup trop taboue. Ce n’est pas pour rien que cette saleté est dite maligne. Le cancer ne fait pas mal (au début à tout le moins), ne se sent pas et c’est bien souvent lorsqu’il est déjà trop tard que l’on se rend compte que l’on est atteint.
Témoigner, c’est une manière de s’entraider et aussi de dédramatiser l’impact de cette maladie.
Je suis infiniment reconnaissante que ce maudit crabe ait été détecté à temps et d’avoir pu bénéficier de soin de qualité. Découvert suffisamment tôt, le cancer du sein se soigne bien. Les mammographies (ainsi que les autres contrôles) de dépistage sont utiles, ne les zappez surtout pas, il faut le dire et le répéter. Restez vigilants et vigilantes, prenez soin de vous, personne d’autre que vous ne peut le faire à votre place!
J’ai aussi eu l’immense chance d’être entourée d’amies qui, ayant traversé la même épreuve, ont su me dire les mots justes pour dédramatiser la situation et me faire envisager l’avenir de manière positive. Leur énergie, leur joie de vivre et leur bonne santé actuelle ont été un exemple pour moi et m’ont littéralement portée. A leurs côtés, je ne pouvais qu’être confiante et aller de l’avant. Je ne les remercierai jamais assez. Etre entouré des bonnes personnes, éloigner les catastrophistes et les angoissés est primordial pour avancer sur le chemin de la guérison.
Et maintenant…
Aujourd’hui, je vais bien et vis normalement. Ces prochaines années, je resterai soumise à un suivi médical rapproché ainsi qu’à une hormonothérapie, mais c’est un moindre mal.
Bien sûr, tout ce qui m’est arrivé cette année m’interroge beaucoup. Qu’ai-je fait ou pas fait pour que mes cellules se mettent soudainement à perdre la boule? Que puis-je faire à l’avenir pour éviter une récidive? Je me suis beaucoup renseignée sur le sujet ces derniers mois mais n’ai pas de réponse.
Ce que je sais par contre, c ‘est qu’avoir un cancer n’a pas entamé ma soif de découvrir le monde et de le photographier, bien au contraire! Après un été introspectif et casanier, le lointain m’appelle de nouveau et tout prochainement, j’ai rendez-vous en terre inconnue pour une aventure qui s’annonce passionnante et exigeante aussi. C’est elle que je voyais au bout du tunnel, elle que je visualisais allongée dans ma « machine interstellaire » lors de mes nombreuses séances de radiothérapie. Elle m’a motivée à guérir le plus vite possible et à rester en forme malgré les traitement subis. J’ai hâte d’y être et de vous faire découvrir tout cela à mon retour.
Alors à très bientôt et prenez soin de vous!
La série de photos illustrant ce billet a été prise près de Perpignan peu après l’annonce par mon médecin des résultats inquiétants de ma mammographie .








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