Un printemps qui se fait désirer, la promesse d’une météo exécrable sous les cieux helvétiques pour le grand week-end de l’Ascension, une offre de dernière minute des plus alléchantes, il n’en fallait pas plus pour nous convaincre de migrer 4 petits jours vers le sud. C’est ainsi que jeudi dernier, après un vol direct Genève-Catane, nous nous sommes retrouvés sur un chemin creux au sud-est de la Sicile à la recherche d’un hôtel que même notre navigateur ne parvenait à situer.
Le soleil encore tiède déclinait lentement, illuminant les flancs des collines ibléennes de sa douce lumière. Nous nous sommes arrêtés un instant pour savourer ces heures dorées et la quiétude de cet endroit hors du temps. Mai est à peine entamé que déjà la campagne sicilienne est passée au blond. C’est que la belle, malgré son âpreté, est précoce et généreuse.
Les moissons sont déjà faites. D’immenses rouleaux de paille jaune ponctuent le paysage quadrillé de murs de pierre sèches. Quelque vaches suitées au pelage délavé paissent sous de grands caroubiers.
Un peu plus tôt dans l’après-midi, notre route un peu hasardeuse nous a conduits à une somptueuse demeure, perdue sur une colline au milieu des champs, devant laquelle étaient stationnés deux cars. Notre escapade aussi subite qu’improvisée ne nous ayant pas laissé le temps de nous documenter, c’est intrigués et totalement ignorants de ce qui nous attendait que nous avons acheté notre ticket d’entrée.
Santa Madonna, quel palais! Nous avons découvert un imposant bâtiment, surmonté de créneaux et bordé de deux tours circulaires dont la silhouette blanche vaguement hispanisante s’étend au milieu d’un parc botanique.
A l’intérieur, l’escalier d’honneur projette les visiteurs dans une fresque romantique. Il flotte entre ces murs partiellement restaurés et dans ces pièces meublées d’époque le parfum de nostalgie et de déliquescence de l’aristocratie sicilienne du dix-neuvième siècle. On parcourt les 22 salles ouvertes au public (sur les 122 que compte le château) en se prenant pour les héros d’un film de Visconti. Dans l’un des innombrables miroirs du grand salon, on croit apercevoir le reflet d’un couple valsant élégamment sur une musique de Nino Rota. Plus loin, c’est le félin Tancredi que l’on imagine poursuivre l’ardente Angelica jusque sur la terrasse panoramique. Le sentiment que j’ai eu en visitant ces lieux s’est confirmé lorsque j’ai appris un peu plus tard que le Castello di Donnafugata a servi de décor à de nombreuses scènes du célèbre « Guépard » du grand maître du cinéma italien.
Au cours des jours suivants, nous avons complété notre (très bref) aperçu du sud-est de la Sicile par un petit tour dans les villes de Scicli et de Modica et surtout par la découverte de Ragusa, une des plus belles cités italiennes. Ragusa la ville double avec sa partie haute (Ragusa Superiore), construite dans le plus pur esprit baroque après le tremblement de terre de 1693 et Ragusa Ibla, la ville basse plus ancienne. C’est cette dernière, marquée du cachet médiéval et dominée par le Duomo San Giorgio, qui m’a laissée sous le charme.
Pour clore cette échappée sicilienne, je vous invite à flâner dans l’entrelacs de ruelles ragusaines, d’escaliers séculaires et de passages secrets.
Chaque balcon, chaque portique, chaque fronton et façade y célèbrent le baroque sicilien.
En fin de journée, vous emprunterez comme tous les siciliens les allées ombragées du jardin ibléen pour la traditionnelle « passegiata » (promenade).
Peut-être ferez vous une petite causette au « circolo di conversazione ».
Mais surtout n’oubliez pas de passer par la Piazza Duomo, où ont été tournés de nombreux films, et de vous arrêter à la Gelateria « Gelati divini » qui n’a pas volé son nom. J’ai osé l’audacieux cioccolato peperoncino, une glace au chocolat noir pimenté à se relever la nuit…
Au niveau photo, ombre et lumière, histoire et modernité, douceur de vivre et âpreté des paysages se mêlent pour faire de la Sicile un trésor de photogénie baroque. Soleil généreux et ciel azur permettent assurément d’imprimer sur son capteur des images de vacances éclatantes de couleur. Néanmoins, sensible aux craquelures, aux traces de polychromie délavée témoins d’un passé nostalgique, à l’ambiance suranée régnant dans chaque lieu visité, j’ai opté pour des teintes sépia traduisant mieux les impressions ressenties durant ces quelques jours.













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