Un murmure, un ruissellement venu des cimes volcaniques qui se déverse de champs en champs, de l’eau partout…. C’est Bali qui rit de se voir si belle en ses innombrables miroirs!

Etagés, superposés, façonnés par l’homme de génération en génération, ils reflètent l’humeur du ciel ou se tapissent d’une moquette veloutée dont la couleur varie au gré de la maturité des plantations qui s’échelonnent tout au long de l’année. A Bali, il n’y a pas de saison pour le riz.

A mesure que l’on monte dans les vallées, le paysage se fait de plus en plus envoûtant. Arrivée à proximité d’Ubud, je peux enfin admirer ces mythiques rizières en terrasses qui façonnent les collines en de gigantesques marches d’escalier. Constamment soumise à des alternances de pluie et de soleil propices à l’explosion d’une végétation tropicale luxuriante, cette région du centre de l’île se pare d’un camaïeu de vert éclatant. C’est splendide mais il fait chaud, moite. Je colle, je poisse, et pourtant c’est la saison “sèche”!
Il me suffit toutefois de voir cette femme patauger pieds nus, de la boue jusqu’au genoux, pour cesser de me plaindre, surtout lorsque j’apprends que les rizières grouillent de rats et de serpents… A côté, désherber et tondre mon jardin est une vraie partie de plaisir!
Depuis que selon la légende, un roi a reçu des graines de la précieuse céréale en cadeau d’un dieu, les Balinais n’ont eu de cesse de sculpter les pentes de leur île en de multiples terrasses, lui conférant sa légendaire beauté au prix d’un travail titanesque. Du labourage au repiquage des jeunes plants, tout se fait essentiellement à la main. Et lorsqu’enfin Bali « riz » jaune, c’est à la faucille que les hommes moissonnent.
La culture du riz n’a pas uniquement modelé le paysage naturel de Bali, mais également son paysage social. Les difficultés à labourer et à irriguer les terrains montagneux ont contraint les villageois à partager travaux et responsabilités en s’organisant en “Subaks”. Ces associations de villageois gèrent le système d’irrigation millénaire très évolué qui permet trois récoltes annuelles. Le partage de l’eau est équitable, chaque cultivateur attend son tour pour inonder son champ du plus haut au plus bas.
C’est également la subak qui se charge des obligations religieuses liées à la culture de cette céréale en appelant sur les champs la protection de la déesse du riz grâce aux offrandes renouvelées chaque jour sur les petits autels de chaque rizière. Cette organisation sociale assure ainsi aux paysans une vie en harmonie avec leur environnement, leurs semblables et les dieux.

Malheureusement, le Subak comme système traditionnel d’agriculture tend à être abandonné pour d’autres moyens d’irrigation nettement moins respectueux. Ici, l’eau d’une rivière est détournée pour l’alimentation de réservoirs d’hôtels, là, des hommes d’affaires bloquent les voies d’eau afin de créer de plus grand rapides pour leur business de rafting… De plus, la culture de nouvelles variétés aux besoins accrus en eau et en pesticides fragilise le subtil écosystème des rizières. Espérons que le tout récent programme gouvernemental pour un Bali « propre et vert » auquel sont associés les dirigeants religieux et communautaires saura préserver ces merveilles d’une lente et inexorable disparition.
Bon, j’arrête de faire mon écolo alarmiste. La prochaine fois, ce sera plus « riz-golo », on en mangera!
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