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Moiteur de l’obscurité qui fond sur la forêt tropicale, bougies et fumée d’encens , magie du lieu.
Une centaine d’hommes singes à demi nus entonne ses chak-a-chak-a-chak rythmés, entêtants, hypnotisants.

Chak-a-chak-a-chak……
Prépare-toi à vivre une nuit brûlante!
Telle une princesse, je me pare d’or et de perles, j’enduis ma bouche de rouge carmin et noie mes yeux dans l’eau d’un lagon. Ce soir, je serai la plus belle pour aller danser, mais ne t’en déplaise, ce ne sera pas une javanaise.
Chak-a-chak-a-chak……
J’exsude la féminité. Gracieuse et souple jusqu’au bout de mes doigts recourbés, je m’avance en de langoureux déhanchés, indifférente au cercle des hommes assis à même le sol. Je sais comment te charmer, t’envoûter. Mes lèvres demeurent invariablement closes mais mon corps tout entier t’appelle. Je danse même avec mes yeux. Mes bras, serpents ondulants, te frôlent sans jamais te toucher, pour mieux faire monter ton désir. Vague ondulante, je te provoque en excitant la convoitise de toutes ces mains tendues vers moi.
Chak-a-chak-a-chak……
Mais leurs supplications me laissent froide. C’est toi que je veux, toi, le roi, le dieu de ma nuit.
Tu te fais mâle, imposant, bouillonnant. Je n’ai pas peur car je sais t’allumer bien plus sûrement que la flamme vacillante des torches. Tu te soumettras, je le sais, je le sens.
Chak-a-chak-a-chak……
La fièvre te gagne, tu es sur des charbons ardents.
Chak-a-chak-a-chak……
Tu ne peux résister, ni calmer tes ardeurs.
Chak-a-chak-a-chak……
Brûlante, la danse devient transe.
Chak-a-chak-a-chak……
Totalement envoûté, le corps en feu, tu enfourches ta monture et te lances dans une chevauchée débridée, pressé d’éteindre l’incendie qui dévaste ton corps.
Chak-a-chak-a-chak……
Et dans le tourbillon des fumées d’encens, dans l’obsédante litanie des incantations saccadées, tu t’appliques à exorciser tous nos démons dans la plus parfaite des liturgies, sacrifiant jusqu’à ta dernière énergie.
Mais que restera-t-il de toi, pauvre mortel, au bout de cette nuit de baise braise?
Ce texte est une interprétation très libre et toute personnelle du Kecak (ketchak), une danse créée dans les années 1930 pour divertir les touristes. Elle raconte un épisode du Ramayana, célèbre récit épique hindou, au cours duquel l’armée des singes commandée par Hannuman aide le prince Rama à délivrer son épouse Sita, prisonnière de Ravanna, le roi de Lanka, qui l’a enlevée. Ce spectacle atypique est dépourvu d’accompagnement musical, la base rythmique étant assurée par un choeur d’hommes assis en cercles concentriques qui imitent de manière ininterrompue le chak-a-chak-a-chak d’une bande de singes. Au cours de la seconde partie du spectacle, un homme en transe piétine pieds nus des coques de noix de coco incandescentes.
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