En ce début d’année, la Suisse, comme une bonne partie de l’Europe, a été confrontée à une météo capricieuse. Un puissant courant d’ouest a fait défiler une succession de dépressions durant la première semaine de 2018. La tempête Burglind – Eléanore en France – a semé le chaos: avions cloués au sol, trains paralysés, routes fermées, coupures de courant, évacuation. Les vents violents qui ont secoué tout le pays ont forcé bon nombre d’habitants à rester chez eux.
En montagne, les vallées alpines ont été relativement à l’abri des rafales de vent mais de fortes chutes d’or blanc sont tombées au-dessus de 1600 mètres. Enfin! Voila exactement les conditions que j’attendais pour poursuivre une série un peu particulière commencée il y a un an.
Si vous avez envie de prendre une grand bol d’air frais et de brasser la poudreuse toute fraîche, suivez-moi à travers le vieux village de Zinal dans le Val d’Anniviers…
A mon réveil, comme chaque jour durant mes vacances en montagne, j’ouvre les rideaux avec impatience pour découvrir le temps qu’il fait. Ce matin, je ne peux réprimer un sourire. Enfin il neige! Oubliée la pluie déprimante de la veille, une neige drue a toute la nuit durant recouvert les alentours d’un épais manteau blanc. Excitée comme une puce, j’enfile à la hâte ma combinaison de ski, mes gants et mon bonnet et dégringole l’escalier pour me retrouver avec de la poudre blanche jusqu’au genou. Je prends la direction du vieux village, en devinant le chemin noyé sous la masse cotonneuse. L’immense voile blanc qui recouvre la vallée adoucit les courbes, estompe les détails. Aveuglée autant par les flocons virevoltants que par la pureté du paysage, je cligne des yeux et observe les formes qui surgissent du néant. Ici, une main invisible semble avoir crayonné des silhouettes d’épicéas fantomatiques, là de vieux chalets en mélèze noircis par les années se lovent sous un duvet immaculé.
« Les distances se diluent, ma vue se trouble, mes sens s’embrouillent…. »
L’hiver occupe une place non négligeable dans ma vie. Cette saison qui simplifie le paysage, les ambiances high key m’inspirent. Je ne me prive pas de les photographier mais à trop le faire, j’ai inévitablement un peu peur de me répéter et de sombrer dans la facilité, dans l’ennui qui guette autant le photographe qui ne sait plus sous quel angle aborder son sujet que les malheureux auxquels il soumet invariablement les mêmes photos.
L’an dernier, lors d’une balade un jour de tempête comme celui-là, je réfléchissais à un moyen de déjouer ce redoutable piège. Dans le brouillard, je ne distinguais pas grand chose d’autre que des formes, parfois des couleurs lorsque de fugitives silhouettes traversaient mon champ de vision. J’avais froid et ne percevais plus vraiment les distances. Cette série de photos impressionnistes est née de mon envie de traduire en images ces sensations, de partager avec ceux qui regarderont mes photos cet hiver qui fouette les joues, pique les yeux et brouille la vue.
« Sur cette toile lactée, j’ai davantage cherché à imprimer des sensations fugitives, des émotions qu’à retranscrire précisément ce qui m’entourait »
Grâce à l’utilisation de vitesses lentes couplées à des mouvements de l’appareil, j’ai obtenu des photos « subjectives », sans être complètement abstraites. Les sujets, malgré le flou sont identifiables au première coup d’oeil. Néanmoins, ces images laissent à mon sens la part belle à l’imaginaire et ont une sensualité que des photos traditionnelles n’ont pas forcément.
Alors au terme de cette promenade, vous n’êtes certainement pas autant mouillés que je l’étais, mais dites-moi, ai-je réussi à vous transporter au coeur de cette tempête, vous êtes vous caillés, vos mains sont-elles engourdies par le froid et vous faut-il une bonne tasse de thé pour vous réchauffer?




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