Que diriez-vous de retourner en Albanie?
Parce que c’est pas pour dire mais j’ai pris un peu beaucoup de retard dans le récit de mes aventures estivales…
Rappelez-vous, après avoir navigué dans des fjords, nous nous trouvions dans le nord du pays, une région très sauvage qui compte encore des loups et des ours (même si j’avoue n’en avoir vu aucun!). Alors pour éliminer les excès des fêtes, je vous propose une balade, ou plutôt une bonne rando avec du dénivelé qui tire bien le mollet. Chaussez vos godasses, on va marcher toute la journée dans un véritable décor de carte postale.
Il est 7.00 du matin. Comme d’habitude, je suis dehors avant mes compagnons de voyage. J’aime avoir un peu de temps pour explorer les environs et prendre quelques photos en toute tranquillité. Il n’y a personne dans les alentours. Soudain, j’entends le claquement sec des fers sur la caillasse. Deux chevaux et leurs propriétaires sortis de nulle part arrivent à notre gîte. Ce sont eux qui transporteront nos bagages jusqu’à notre prochaine étape dans la vallée voisine. Les hommes répartissent équitablement nos sacs sur le dos des animaux petits mais robustes et une demi-heure plus tard, nous voila tous prêts à partir à l’assaut du col de Valbona.
Le sentier débute là où la route récemment asphaltée prend fin et suit pendant 3,5 km le lit de la rivière. Le décor est superbe. La fraîcheur du petit matin n’a pas encore dissipé tous les nuages qui enveloppent les sommets d’une écharpe duveteuse. Le calme qui règne dans cette vallée perdue n’est troublée que par deux jeeps conduisant des touristes soucieux de s’épargner quelques kilomètres à pied. Nous les laissons passer de mauvaise grâce maugréant contre ces bruyants flemmards.
L’approche est longue et un peu monotone dans cet univers très minéral qui constitue la partie la plus désertique des montagnes maudites. A la hauteur du hameau de Rragam, la piste caillouteuse se transforme heureusement en chemin creux bordé de barrières en bois et de murs de pierre. Il nous fait traverser des vergers et des jardins verdoyants absolument charmants. Mais cet intermède bucolique est de courte durée. Rapidement la pente se fait plus sévère. L’allure ralentit, le souffle s’épaissit. Nous commençons à transpirer sérieusement sous le soleil.
Sur le sentier pentu, le pas lent et assuré des chevaux de bât rythme notre marche. Nos deux équidés rompus à la grimpette en terrain difficile se jouent de toutes les difficultés mais tel n’est pas le cas d’un jeune animal plutôt réticent croisé durant notre ascension…. L’oeil révulsé, les naseaux écarquillés et les membres tremblants, il n’a pas du tout l’air d’apprécier l’exercice. Son meneur fait finalement demi tour!

Près d’une heure après avoir quitté le hameau, au sommet d’une pente bien coriace, nous découvrons un abri certes sommaire, mais réellement providentiel. Son tenancier reste là durant toute la belle saison, dormant sous une tente de fortune et accueillant tous les randonneurs avec sourire et gentillesse. Balbutiant quelques mots d’anglais, il sort d’un petit ruisseau des boissons fraîches sur lesquelles nous nous précipitons. La pause est bienvenue même si de courte durée. Nous ne tardons pas à reprendre notre marche pour attaquer les derniers mètres qui nous séparent du col. Même si le ciel toujours plus chargé nous cause quelques inquiétudes, nous n’omettons pas d’admirer la vue sur le fond de la vallée de Valbona qui vaut tous les efforts consentis pour parvenir jusque là.
Davide, le meneur des chevaux
A proximité du col, les nuages qui s’accumulent sur les sommets finissent pas se décharger de leur humide fardeau. Le ciel nous tombe sur la tête et la température chute brutalement.
Nous ne nous attardons pas au sommet où il fait un froid de canard et entamons la descente sur l’autre versant. Le paysage change encore. Laissant derrière nous un monde d’éboulis, nous suivons le sentier qui sinue dans une belle hêtraie.
La pluie se déchaîne lorsque nous parvenons à une buvette en bois. Notre pause pic-nic se prolonge dans l’espoir d’une accalmie mais las d’attendre, nous reprenons notre marche dans une atmosphère encore bien humide.
A la forêt séculaire succèdent des prairies lumineuses nous offrant un panorama époustouflant sur les sommets environnants et la vallée de Theth (prononcer à l’anglaise la langue entre les dents sans postillonner sur votre écran 😉 ). Puis nous apercevons les premières habitations.
Nous arriverons à Theth à 16.00 un peu fourbus mais fiers d’avoir avalé 879 m. de dénivelé positif et 1084 m. de dénivelé négatif, sans aucune cloque ampoule (l’état de mes pieds se gâtera toutefois durant la suite du voyage). Alors que nous nous affalions sur les bancs devant notre gîte après avoir crapahuté toute la journée, j’ai vu Davide repartir avec ses chevaux à peine les bagages déchargés et sa bière engloutie. Il prévoyait de rentrer à Valbona en 4 petites heures. Sachant que le parcours est plus difficile dans ce sens que dans celui que nous avons fait, on a tout à coup eu l’impression d’être des petits sifflets!!!
Le village de Theth dont je reparlerai prochainement
Et si vous avez envie de vivre notre rando autrement qu’en photo, je me suis amusée à faire une petite vidéo. Attention, il y a de la musique et parfois même ça mouille!
Encore un mot sur la qualité de l’hébergement en Albanie, sujet fréquemment abordé à mon retour. Et bien franchement tant à Valbona qu’à Theth, elle était très bonne. Le tourisme est en train de se développer, les infrastructures sont neuves, propres et confortables. Les chambres à plusieurs lits (en moyenne 4) comptent toutes une salle de bain. Nous avons parfois souri comme lorsqu’il nous a fallu sauter pour attraper un pommeau de douche fixé environ à 2 m.12 du sol (pourtant les Albanais ne sont pas des géants!) ou lorsque nous prenions tout notre dentifrice sur les pieds en nous brossant les dents parce qu’un lavabo flambant neuf était mal raccordé. Mais franchement cela reste anecdotique.
Et ceux qui aiment la rando en montagne dans des lieux encore préservés du tourisme de masse seront certainement intéressés par ce site. Celui d’un couple albano-américain établi à Valbona constitue également une très bonne source d’information sur la région.
A suivre…












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