Cela fera bientôt un an que je suis partie au Kirghizstan pour vivre une aventure inoubliable. Je vous en ai déjà abondamment parlé sur ce blog et ne vais plus revenir sur le sujet. Mais avant de tourner définitivement la page, je tenais encore à rendre hommage à quelques uns de ceux et celles qui ont croisé ma route. Car voyager ce n’est pas uniquement découvrir des lieux nouveaux aussi grandioses et exotiques soient-ils. Voyager pour moi, c’est avant tout aller à la rencontre des autres, de leur manière de vivre et d’envisager le monde. En cela, ce (trop) court séjour au Kirghizstan m’a comblée. Se déplacer à cheval dans des contrées vierges de toutes infrastructures touristiques, partager la yourte et les repas de nos hôtes semi-nomades m’ont permis d’approcher au plus près la vie des habitants de cette région. Je ne sais pas le russe et malheureusement la langue ne m’a pas permis d’échanger autant que je l’aurais souhaité mais finalement, il n’est pas toujours besoin se parler pour se comprendre. Un regard, des gestes bien souvent suffisent.
Les portraits ci-dessous sont ceux d’hommes, de femmes et d’enfants que j’ai brièvement rencontrés mais qui m’ont tous d’une manière ou d’une autre et pour différentes raisons marquée.
Damira
Elle vit l’été au milieu de nulle part, avec son mari et ses deux jeunes garçons, dans un ancien wagon russe près de son troupeau. Je l’ai rencontrée un matin à 6h.00 alors qu’elle nourrissait un veau et un agneau orphelins. Je ne suis pas restée plus d’une quinzaine de minutes près d’elle, mais j’ai été frappée par l’infinie douceur qui émanait de ses gestes et de son regard.
Le vieux Kirghize
Lors du premier jour de trek, nous avons fait la pause de midi près de son étonnante yourte rouge. Très affable et un peu curieux aussi, il s’est approché pour nous inviter dans son campement. Voyant mon appareil photo, il m’a demandé de l’immortaliser avec ses petits-enfants. Trop heureuse de cette demande, j’ai voulu tous les regrouper devant la yourte mais la jeune fille restait timidement en retrait. Comme j’insistais pour qu’elle se joigne aux autres, elle baissait la tête, rougissait et s’éloignait davantage encore. Je n’ai pas tardé à comprendre à la mine crispée et aux gestes de rejet du grand-père qu’il ne ne voulait pas de femme sur la photo. Ne souhaitant pas le froisser, je me suis résolue à ne saisir que le grand-père très droit et très fier en compagnie de sa descendance exclusivement masculine. Avant de partir, émue par le sort de cette jeune fille, je l’ai prise à part pour la photographier elle aussi, mais elle était tellement intimidée que j’ai eu toute la peine du monde à lui faire lever les yeux pour regarder l’objectif. Durant la suite de mon voyage, j’ai très rapidement compris que les hommes kirghizes sont effectivement très macho!
L’ado ténébreux
Lors d’une partie d’attrape-chève (Ulak tartysh), un jeune cavalier passionné a attiré mon attention. Compétiteur redoutable, il était prêt à tous les coups. Je n’ai pas aimé sa manière de se comporter avec son cheval mais je reconnais que c’était un habile joueur. Je lui ai tourné autour un bon moment pour le prendre en photo. Cabotin, à moins que ce soit ma condition de femme qui l’empêchait de porter son regard sur moi, il n’a jamais daigné baisser les yeux dans ma direction. De toute évidence, le machisme n’a pas d’âge…
Le père attentionné
Lui c’est le mari de Madina dont je vous ai déjà parlé ici. J’ai malheureusement complétement oublié son prénom tout comme celui de son plus jeune fils. Si dans les montagnes kirghizes, les signes d’affection entre maris et femmes sont totalement invisibles, les hommes n’hésitent par contre pas à montrer publiquement leur attachement à leurs enfants. Ce jeune père de 5 bambins était très souvent flanqué de ses deux plus jeunes qui lui vouaient une admiration sans borne. Face à cette harmonie familiale, je n’ai pu m’empêcher de penser que malgré la rudesse de leurs conditions de vie, à 3000 m. d’altitude dans un campement plutôt sommaire, ces enfants entourés constamment de leurs parents et grands-parents, proches de la nature et des animaux, n’ont au fond pas grand chose à envier aux petits occidentaux certes gavés de modernité et de confort mais privés trop souvent de leurs proches accaparés par leur vie professionnelles et le rythme trépidant de la vie urbaine.
Beka
J’aimerais terminer cette petite série de portraits par celui de ce jeune garçon de 12 ans qui a accompagné notre rando, tantôt à cheval en tant que rabatteur des animaux de réserve, tantôt en camion avec son père chauffeur. Beka, c’est mon coup de coeur de ce voyage. Elégant, intelligent, souriant, poli, la liste de ses qualités est très longue. Tout dans sa manière d’être tranchait avec celle des autres garçons de son âge que nous avons pu rencontrer, d’un naturel beaucoup plus rude et bagarreur. Sa douceur ne le privait néanmoins ni de vivacité ni de dynamisme. Le soir, sous la tente après une journée à cheval et après avoir aidé son père à installer le campement, il sortait spontanément un cahier sur lequel il inscrivait la traduction phonétique de mots en français. Nous montrant tantôt un bras, tantôt un pantalon, il répétait encore et encore le vocabulaire nouveau, nous demandant de corriger sa prononciation. Il y avait dans la volonté et l’énergie déployée par ce jeune ado pour apprendre une langue étrangère quelque chose d’incroyablement émouvant. Et il se débrouillait vraiment bien! Beka rêve de devenir médecin. De ce que j’ai pu voir de sa personnalité, il a toutes les qualités pour le transformer en réalité. Oui, j’ai beaucoup aimé cet enfant et ai été très triste de le quitter. Et je l’avoue, à chaque fois que je regarde ce portrait, que ses yeux se plongent dans les miens, j’ai l’impression qu’il va me parler et en ai la chair de poule.
J’aime également beaucoup le portrait de son petit frère, saisi à travers le pare-brise d’un véhicule qu’il feignait de conduire.
Avec ce billet, je clos ma série sur le Kirghizstan. J’espère que vous aurez eu du plaisir à découvrir une petite partie de ce magnifique pays à travers les différentes images que je vous ai montrées et les récit que je vous en ai faits. Ce voyage fut en tous cas pour moi une expérience inoubliable qui m’a donné le goût d’explorer encore bien d’autres ailleurs méconnus.
Merci de tout coeur de m’avoir lue et belle fin de semaine à tous.





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