Il y a les livres d’art que l’on nous offre à défaut d’autre chose, ceux que l’on feuillette distraitement à l’occasion et qui finissent par prendre la poussière dans la bibliothèque familiale. Et puis il y a ceux choisis avec soin par celui (ou celle) qui nous sait passionné-e, que l’on ouvre avec impatience à peine déballés et que l’on dévore comme un roman. Le dernier ouvrage de Steve Mc Curry en fait assurément partie. Se souvenant de mon enthousiasme après avoir découvert l’exposition de ce photographe à Genova, mes enfants ont eu l’heureuse idée de me l’offrir à Noël.
Loin du traditionnel portfolio de belles images, ce livre s’organise de manière originale en 14 reportages et autant de chapitres constitués, outre de splendides photos, de notes, journaux intimes, planches contacts, portraits et cartes qui nous plongent au coeur du travail du photographe.
Mais surtout Mc Curry raconte les histoires qui se cachent derrière plus de 200 photographies, prises dans le monde entier, de l’Afghanistan aux Etats-Unis, de l’Inde au Tibet en passant par le Koweit.
« Chaque voyage, chaque mission, chaque endroit, chaque personne que j’ai rencontrée et chaque cliché que j’ai réalisé représente une étape du chemin que j’ai parcouru depuis mes premières expériences jusqu’à aujourd’hui. La pellicule conserve la mémoire d’un lieu et d’un moment précis, et chacune des photographies que j’ai prises est un souvenir individuel, mais s’inscrit aussi dans une histoire plus vaste. Cet ouvrage présente certaines des histoires dont j’ai été témoin, d’autre que je suis allé chercher et d’autre encore qui me sont apparues quand je m’y attendais le moins… »
Le récit commence « sous le tirs » en Afghanistan où Mc Curry a débuté sa carrière en 1979. Le photo-reporter emmène ensuite ses lecteurs en Inde en train, les immerge dans la mousson de différents continents et les entraîne dans les contradictions de Mumbay.. . Un chapitre est bien évidemment consacré à Sharbat Gula, la jeune fille afghane dont le nom signifie « fille fleur d’eau douce » en pachtoune et dont le portrait a fait sa renommée. On y apprend que l’iconique photo n’était pas le premier choix du photographe qui lui avait préféré un cliché de la jeune fille se cachant le visage avec son châle. C’est le rédacteur en chef du National Geographic qui, passant outre la sélection de Mc Curry, place la photographie en couverture et en fait l’emblême de tout un peuple. Au terme de longues recherches, Mc Curry retrouvera Sharbat Gula en 2002 et lui consacrera un nouveau reportage qui ravivera l’intérêt du public pour les populations de cette région du globe.
Lors de ma visite de l’exposition à Gênes, j’avais été interpellée notamment par le regard limpide d’un homme que j’avais alors pris pour un religieux, certainement en raison de la position de ses mains.
Ce cliché est en réalité le résultat de la rencontre fortuite du photographe et d’un technicien qui entretenait les conduites d’eau à Srinagar/Cachemire. Il illustre parfaitement la manière de travailler de Mc Curry qui fait face à son sujet, suffisamment près pour créer un lien, même éphèmère.
« J’aime travailler avec les gens, plutôt que de prendre des photos subrepticement. Il est important d’établir une relation de courtoisie et d’intérêt, de s’approcher assez pour regarder la personne dans les yeux et lui parler. Le regard est si expressif, il dit qui l’on est et ce que l’on vit. Je veux que les gens me regardent pour que ce contact avec moi devienne un contact avec ceux qui regarderont la photo. »
« Après la tempête » consacré aux conséquences environnementales et sociales de la guerre du Golfe et « 11 septembre » sont des chapitres qui m’ont particulièrement interpellée mais la dernière section du livre relatant la lutte contre le sida au Vietnam est celle qui s’avère la plus poignante. L’attitude et les photographies de Mc Curry, qui a suivi la vie de trois malades ayant reçu un traitement du Fonds mondial et de leurs familles, témoignent de son empathie et de son humanité dans le traitement d’un sujet aussi difficile.
Je ne vous livre ici que quelques infimes extraits d’un livre qui regorge d’informations et qui s’avère passionnant du début à la fin. La qualité d’impression des images est par ailleurs excellente. Certes, ce n’est pas le genre de bouquin que l’on emmène dans son sac pour le lire dans le train. Il est lourd et massif (264 pages, 35.2 c, x 25.4 cm), mais à raison d’un chapitre par soir, j’ai pris infiniment de plaisir à le déguster avant de m’endormir et ne peux que vivement le recommander à tous ceux que la photographie humaniste passionne.
Les photographies en grand format illustrant ce billet ne sont pas des diptyques. Ce sont des photographies que j’ai prises lors de l’exposition de Mc Curry à Gênes/italie en 2013.
Steve Mc Curry, Inédit Les histoires à l’origine des photographies, éd. Phaidon








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