Une fois n’est pas coutume, parlons matériel photo. Ce n’est vraiment pas ma tasse de thé mais si ma modeste expérience peut vous éviter les mêmes déconvenues qu’à moi, ce sera toujours ça de gagné.
Il y a un moment déjà que l’envie de m’essayer à la technique des poses longues me titillait. Pour les non-spécialistes, photographier en poses longues, c’est laisser le diaphragme ouvert suffisamment longtemps pour capturer nettement les éléments fixes d’une scène tout en rendant les éléments en mouvement flous. Cette technique est utilisée par exemple en photo de nuit, pour transformer les phares des véhicules en traînées lumineuses ou pour faire du light painting. Mais ce n’est pas ce genre d’effet que je recherchais. Ce qui m’intéressait en premier lieu, c’était de réaliser des poses longues de jour afin de commencer à une série de photos zen des rives de mon lac, vaporeuses, épurées et graphiques.
Autant le dire tout de suite, le sujet s’avère plutôt technique à la base et nécessite un peu de matériel. Me voila donc le nez dans mes bouquins et sur le net à potasser la question avant de passer en revue mon matériel. Qui dit utilisation de vitesses lentes, dit nécessité de recourir à un trépied. Une télécommande est également recommandée pour éviter tout bouger au moment du déclenchement mais le retardateur peut très bien faire l’affaire. Par contre, même s’il est possible de prendre des photos en pose longue en fin de journée en fermant le diaphragme au maximum (peu de lumière passe, donc la vitesse d’obturation sera lente), pour l’utilisation que je vise, il me manque un filtre gris neutre. Ce genre de filtre, qui se visse sur l’objectif et est également appelé filtre ND (neutral density), est indispensable pour diminuer la quantité de lumière qui entre dans l’appareil et permettre des poses longues sans obtenir des photos toutes blanches. Selon le modèle, il est plus ou moins opaque. Pour un filtre ND2, le temps de pose est multiplié par 2 alors que pour un filtre ND400 beaucoup plus sombre, il est multiplié par 400. Si l’on veut photographier en pleine journée, mieux vaut par conséquent utiliser ce dernier qui réduit de 20 diaphragmes la quantité de lumière (il en existe d’encore plus puissants). C’est donc toute motivée que je me rends chez un spécialiste photo pour me procurer un filtre ND400. Hélas, déception, il n’en a pas de la dimension voulue en stock. Le vendeur me propose à la place un filtre variable ND3-400 dont il me vante les avantages. Pour faire simple, il s’agit d’un filtre qui comprend deux verres dont un permet en le tournant de faire varier l’opacité de ND3 à ND400. On a ainsi plusieurs filtres en un seul. L’argument est séduisant, surtout que, dit-il, le filtre est de qualité et facilite grandement la mise au point. Son prix l’est par contre nettement moins et m’arrache une grimace de douleur. Bigre, je savais les filtres chers mais 288 francs, c’est quand même beaucoup. Comme j’ai hâte d’essayer l’outil et que je n’ai pas la patience d’attendre une semaine que la commande arrive, je décide de délier les cordons de ma bourse en me disant que l’investissement vaut la dépense.
Et voila comment l’après-midi même, je me retrouve à patauger dans le lac pour tenter mes premières prises en pose longue. Je fixe mon appareil muni de son filtre variable sur son trépied, je procède à mon cadrage et à mes réglages le filtre réglé sur sa valeur minimale, je tourne ensuite le filtre pour l’assombrir, j’adapte le temps de pose et je déclenche avec ma télécommande pour éviter tout risque de bouger. Je vous épargne les fastidieux détails techniques et calculs de temps de pose et vous renvoie sur ce point aux nombreux tutoriels très bien faits que l’on peut trouver sur le net (par exemple ici).
Le chien est un accessoire optionnel. Il permet de s’amuser (et de se réchauffer) pendant la durée de la pose.
Mais au moment de découvrir le résultat de mes expérimentations, je reste perplexe.
18mm, f14, 240 secondes (photo brute de capteur)D’étranges taches sombres apparaissent sur mes photos.
18mm, f14, 126 secondes (photo brute de capteur)Je teste plusieurs variantes mais rien n’y fait, les taches demeurent. C’est même de pire en pire…
20 mm, f9, 25 secondes (photo brute de capteur)
Congelée par l’humidité ambiante, je lève le camp totalement dépitée, en me demandant ce que j’ai bien pu faire faux pour un tel ratage. Un bain chaud et un thé bouillant plus tard, je passe ma soirée à farfouiller sur le net pour tenter de trouver une explication.
J’ai fini par avoir des réponses. Il semble que lorsqu’un filtre variable est vissé sur un objectif grand angle, on ne puisse pas en exploiter toutes les densités au risque de voir apparaître des ombres lors de la prise de vue. Certains conseillent de ne pas tourner la bague graduée jusqu’au maximum mais de s’arrêter 2 graduations avant sous peine de voir son image marquée d’un « x », phénomène clairement visible sur ma dernière photo à la chaise. En d’autres termes, un filtre ND3-400 sur un objectif grand angle ne serait pas plus utile qu’un filtre ND64, ce qui est quand même un comble pour un accessoire d’un tel prix !
Inutile de vous dire que forte de ces constatations, je suis retournée le lendemain chez mon spécialiste photo pour lui rendre illico ce maudit filtre, mes photos à l’appui. Il tombait des nues et ne semblait pas connaître ce phénomène. Mais le pire dans cette histoire, c’est que je n’ai même pas eu besoin de commander un filtre ND400 fixe parce que le patron a trouvé dans un tiroir ce que son employé m’a dit la veille ne pas avoir en stock pour la moitié du prix!!!
Moralité évidente de toute cette histoire, outre le fait que la prochaine fois, je me renseignerai mieux avant de me lancer dans un tel achat, je ne saurais que vous conseiller un filtre ND fixe plutôt qu’un filtre variable. S’il est très sombre (par exemple ND400), il nécessite certes davantage de manipulations puisqu’il faut faire la mise au point sans le filtre puis ensuite le visser sur l’objectif pour déclencher (et répéter la manoeuvre à chaque nouvelle prise de vue) mais il s’avère nettement moins onéreux et ne cause pas les désagréments constatés avec le filtre variable. Au final, j’ai opté pour deux filtres soit un ND400 et un ND8 qui peuvent être combinés pour obscurcissement supplémentaire (les coefficients se multiplient, le temps de pose est par conséquent 3200 fois supérieur que sans filtre). J’ai également acquis des bagues, afin de pouvoir adapter mes filtres d’un diamètre de 72 mm sur un autre objectif d’un diamètre inférieur. Mais attention, s’il est possible de joindre plusieurs filtres, il ne faut toutefois pas aller au-delà de deux sinon gare au vignettage.
Après toutes ces péripéties, me voila donc équipée correctement. Maintenant, comme on dit, il ne reste plus qu’à…





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