Vous souvenez-vous qu’enfant, on avait l’impression que les grandes vacances duraient toute la vie, alors qu’arrivé à l’âge adulte, les années s’enchaînent à un rythme toujours plus soutenu? Rassurez-vous, même si ce constat me donne le vertige, je ne vais pas commencer 2014 en radotant comme une vieille grand-mère. A l’aube de cette nouvelle année, plutôt que de me lamenter sur le temps qui nous file entre les doigts, j’ai envie de partager avec vous ma petite expérience des filés en photographie. Technique considérée par beaucoup comme frustrante car elle génère beaucoup de déchets, elle n’en est pas moins ludique et permet, avec un peu d’entraînement, de réaliser des images créatives et esthétiques.
C’est à Keng Tung, capitale du Triangle d’or, en Birmanie que je me suis livrée à quelques expérimentations avec mon appareil photo. En fin d’une journée assez maussade, il faisait déjà sombre et pleuvinait. Toutes les photos que je tentais de prendre étaient floues pour cause de luminosité insuffisante. J’étais sur le point de remballer tout mon matériel lorsque j’ai remarqué le défilé incessant de petites motos sur la route voisine. Leurs conducteurs, manifestement pressés de rentrer chez eux après leur journée de boulot, roulaient à vive allure tout en tenant d’une main un parapluie. Ces scènes colorées plutôt inhabituelles pour nous autres occidentaux méritaient bien quelques images mais pour pallier le manque de lumière, je devais obligatoirement utiliser des vitesses lentes. J’ai donc eu envie de réaliser quelques filés, l’idée étant de suivre le mouvement d’un sujet, afin qu’il paraisse net dans son environnement flou.
Cette technique nécessite impérativement un appareil permettant de régler la vitesse d’obturation (mode priorité vitesse). Par ailleurs, il n’est bien évidemment pas nécessaire de réserver un vol intercontinental et de se rendre à l’autre bout du monde pour ce petit exercice photo. La rue en bas de chez vous fera très bien l’affaire pour autant qu’il s’y passe quelque chose et que l’arrière-plan ne soit pas trop uniforme. En effet, si vous voulez obtenir des traînées esthétiques, mieux vaut que le fond soit intéressant, riche en éléments graphiques et en couleurs. Des enseignes lumineuses par exemple sont idéales pour ce genre de photo. Au contraire, un fond uni créera des traînées de la même couleur qui passeront inaperçues.

Ceci dit, revenons en Birmane. Mon reflex à la main, je me suis postée parallèlement à la route et ai suivi à l’horizontale les nombreuses motos qui circulaient. Je les ai laissées entrer dans le champ, puis en pivotant le haut du corps, je les ai suivies dans le viseur à la même vitesse tout en déclenchant. Cette façon de faire garantit que le sujet sera relativement au même endroit dans le viseur pendant le suivi, avec une mise au point assez bonne, tandis que tous les éléments immobiles du décor se transformeront en des traînées horizontales.
Le choix de la vitesse adéquate demande quant à lui de nombreux essais (merci le numérique). En principe, pour réussir un filé, la vitesse d’obturation ne doit pas excéder 1/30 s. mais tout dépend de la vitesse de l’élément que vous suivez. Vous pouvez essayez des temps de pose encore plus longs, comme 1/15 s, 1/8 s et même 1/4 s.
En l’occurrence, compte tenu de l’obscurité naissante, j’ai dû monter jusqu’à 800 iso et utiliser une vitesse de 1/25ème de seconde. Si le choix de la vitesse me semblait correct, j’ai néanmoins eu besoin de plusieurs essais pour affiner mon suivi des personnages et éviter qu’ils ne soient flous comme dans les exemples ci-dessus.
En me concentrant sur mes sujets et après beaucoup de ratés, victoire!, j’ai fini par obtenir un motocycliste assez propre sur un décor de maisons filées.

Nikon D7000, iso 800, 20 mm, f 6.3, 1/25ème
Les traînées sur les habitations, de même que l’avant du parapluie déformé par l’impact de l’air donnent certes du dynamisme à l’image mais je n’étais pas totalement satisfaite du résultat de mes prises de vues que je trouvais un peu trop « sages ». Le lendemain, je décidais par conséquent de réitérer l’expérience. Munie de mon hybride cette fois-ci, je me suis plantée tôt le matin au bord de la route en face de notre hôtel. La luminosité diurne étant nettement supérieure à celle de la veille au soir, j’ai bien évidemment dû modifier mes réglages. Dans de tels cas, il ne faut pas hésiter à tâtonner jusqu’à trouver ce qui nous convient.
En phase « d’échauffement », j’ai, à nouveau, commencé par réaliser des filés « classiques ».

Lumix GX1, iso 400, 20 mm, f16, 1/20ème. Sur ce coup, j’ai été très « lucky » que le conducteur, interpellé par ma présence le long de la chaussée, me regarde pile au bon moment.

Mais très rapidement, je me suis prise au jeu et me suis lâchée, en bougeant l’appareil plus rapidement que le véhicule, pour obtenir carrément du flou de bougé.

Et en imprimant à mon geste un mouvement de vague,

j’ai réalisé des photos nettement plus abstraites, presque picturales, m’évoquant des sortes de chevaliers fantômes surfant sur le temps qui passe…. La boucle est bouclée!

« La vie passe, rapide caravane! Arrête la monture et cherche à être heureux »
C’est avec ces images et ces mots d’Omar Khayaâm, un poète perse de l’an mille, que j’aimerais vous souhaiter à tous une très belle année 2014, pleine de mouvement, de poésie et d’émotions visuelles.
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