L’Alfama
Mais qu’est-ce qui lui a pris à celui qui t’a baptisée la ville “blanche”?
Il a dû rêver ou un peu trop forcer sur le Ginja* à l’apéritif…
C’est vrai, ta lumière est magique mais t’a-t-il seulement regardée, toi qui te pares de tant de couleurs?
Toi, la vieille Alfama, la mauresque autrefois peuplée de pêcheurs et de marins, qui sais si bien séduire!
Tu fais de l’oeil aux touristes certes, mais dans cette métropole de près de 3 millons d’habitants, tu as conservé ton atmosphère populaire à laquelle moi aussi j’ai cédé. Le charme pittoresque de ton dédale de ruelles, de tes passages voûtés et de tes petits patios m’a littéralement envoûtée.
J’ ai parcouru à pied de haut en bas les pentes de la colline, empruntant des escadinhas**, qui m’ont coupé le souffle.
Je me suis attablée aux innombrables petites terrasses installées à même le trottoir inégal pour déguster des sardines grillées dont la fumée envahit chaque coin de rue. J’en ai aimé le goût un peu fort, les innombrables arrêtes un peu moins…
Oh bien sûr, comme toutes les vieilles dames tu n’es plus toute fraîche et présentes ici ou là une face un peu décrépie,
mais coquette, tu n’hésites pas à revêtir tes habits de fête et à te parer de fleurs pour que l’on oublie les outrages du temps.
Et le soir venu, le fado fait résonner ton coeur des accents nostalgiques de la saudade***…
Décidément, il fait bon flâner dans le quartier de l’Alfama et se laisser imprégner de l’identité enjôleuse et langoureuse de l’ancienne Olissipo.
Tiens, j’y pense, si j’allais regarder un certain film de Tanner…
*Liqueur à base de griottes
**Petits escaliers
***Sentiment proche du blues exprimant la nostalgie d’un passé heureux et en même temps l’impuissance face au temps qui passe.
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