Il y a quelques semaines maintenant que l‘exposition a fermé ses portes. Il est temps pour moi de revenir sur cette expérience et de vous présenter ma série photographique.
Comme je vous l’ai dit dans mon précédent billet, le thème proposé par le Service public de l’emploi (regards croisés entre chômage et marché du travail) était délicat et ne m’a pas d’emblée parlé. Je ne voyais pas vraiment comment l’empoigner et le mettre en image. Mais malgré mes doutes et mes inquiétudes, j’avais très envie de me tester et pour utiliser une expression à la mode, de sortir de ma zone de confort.
Après avoir bien réfléchi aux différentes manières d’aborder le sujet, j’ai finalement opté pour un reportage et me suis mise à la recherche de chômeurs avec lesquels collaborer. A l’Office régional de placement de mon district, j’ai eu la chance de rencontrer deux personnes courageuses et généreuses qui ont tout de suite accepté de participer à mon projet. Je parle bien de courage, car il en faut pour accepter une telle proposition, tant il est vrai que les gens se montrent aujourd’hui très réticents à se laisser photographier en se retranchant derrière leur droit à l’image et à la protection de leur personnalité. Il en faut d’autant plus dans le cadre d’une démarche comme la mienne qui révèle aux yeux de tous leur condition de chômeur. Isabel et Granit, les deux protagonistes de mon reportage, ont également fait preuve de beaucoup de générosité en me laissant entrer dans leur vie et dans leur famille. Au fil des mois, ils ont partagé avec moi en toute sincérité leurs préoccupations, leurs espoirs, leurs joies et leurs déceptions aussi. Au cours du printemps et de l’été, je les ai suivis dans leur quotidien et ai appris à les connaître. J’ai été particulièrement frappée par leur attitude pro-active. Non seulement tous deux se battent pour retrouver un emploi mais ils mobilisent également toute leur énergie pour ne pas se retrouver en marge de la société. L’image du chômeur qui attend passivement le versement de ses allocations a fait long-feu. Aujourd’hui Granit et Isabel démontrent qu’ils sont de véritables chasseurs d’emploi. Vous trouverez ci-dessous la présentation de ma série, les photos ainsi que les légendes qui les accompagnent. J’espère qu’à travers ce reportage vous serez autant touchés par leur histoire que je l’ai été.
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Dans la société actuelle dominée par le profit et la performance, les préjugés pesant sur les personnes sans emploi ont la vie dure. Trop souvent le chômeur est perçu comme une personne inactive, déprimée, voire même comme un profiteur n’ayant rien à faire de ses journées.
A travers ce travail photographique, j’ai voulu tordre le cou à ces clichés et montrer, en suivant une femme et un homme d’âge et aux parcours différents, que ne pas avoir d’emploi fixe ne signifie pas pour autant être un « fait-néant ».
Isabel, 52 ans, a longtemps été employée dans l’industrie carnée. Après plusieurs années, ne supportant physiquement plus de travailler en milieu réfrigéré, cette mère de deux jeunes adultes a été contrainte de quitter son emploi. Titulaire d’un certificat fédéral de capacité d’employé de commerce depuis trois ans, Granit, 24 ans, a totalisé plusieurs expériences professionnelles dans son domaine de compétence sans toutefois avoir la chance de décrocher un contrat fixe. Inlassablement, tous deux mettent toute leur énergie pour sortir de cet état de latence qu’est le chômage. Leur quotidien est fait de recherches d’emploi, d’entretiens avec leurs conseillers ORP (Office régional de placement) et de stages de plus ou moins longue durée. Durant leurs loisirs, ils sont tout aussi actifs puisqu’ils s’engagent bénévolement ou sportivement, autant d’activités qui les aident à préserver leur estime d’eux-mêmes et témoignent de leur volonté de rester connectés aux autres.
Double cliquer sur les photos pour les visualiser en grand
Aujourd’hui, tant Granit qu’Isabel ne sont plus inscrits au chômage mais on ne saurait réellement parler de happy end pour autant. Isabel m’a annoncé récemment avoir décroché un emploi à 30%. Le taux très modeste de cette nouvelle activité ne lui permet pas encore d’envisager sereinement l’avenir mais c’est une première étape qui lui redonne confiance en elle. Elle aimerait en outre suivre une formation d’aide soignante qui devrait lui permettre de trouver plus facilement un emploi fixe mais ses modestes moyens ne Suffisent pas pour financer ce cursus. Sa situation personnelle demeure compliquée et il lui faudra encore beaucoup d’énergie pour parvenir à s’en sortir. Quant à Granit, il espère que le fait de travailler dans un grand groupe alimentaire lui permettra à terme d’accéder plus facilement à un poste d’employé de commerce dans son administration.
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