Mai 2016. Sa météo capricieuse, ses ponts à répétition… Il n’en fallait pas davantage pour m’inciter à une petite escapade. C’est sur la Suède que j’ai décidé de mettre le cap pour découvrir celle (entre autres) que l’on nomme la Venise du Nord. Mais point de mer, ni de gondoles dans ce billet, c’est sous-terre que je vous propose de vous emmener pour une petite balade dans le métro. Depuis mon séjour à Budapest et la découverte de son métro délicieusement rétro, je ne manque pas, lors de la visite d’une métropole, de fouiller ses entrailles à la recherche de quelques pépites. Et à Stockholm, sans même me fatiguer, c’est sur un véritable trésor que je suis tombée.

Seul métro de Suède, celui de la capitale scandinave ne ressemble à aucun autre. Inauguré en 1950, Tunnelbana (c’est son petit nom) est composé de 100 stations dont 47 souterraines réparties sur 3 lignes (verte, rouge, bleue). Jusque là, rien de bien phénoménal mais ne soyez pas impatients, j’y viens… Certaines stations ont la particularité d’être taillées dans la roche et juste enduites de béton, ce qui leur donne une allure de cavernes aux formes variées. Dès 1957, plus de 150 artistes s’en sont emparés pour les orner de peinture, installations, mosaïques et autres sculptures. Les Stockholmois estiment, non sans fierté, qu’avec ses 110 km de long et plus de 90 stations décorées, leur métro constitue « la plus longue galerie d’art du monde ». Le parcours est époustouflant et vaut vraiment le prix d’un ticket de métro. Chaque station développe sa propre thématique, plongeant les voyageurs dans des univers très différents, souvent très colorés, tantôt futuristes, baroques ou rétro, reflets de plus de 50 ans d’expression artistique. Si l’art contribue certes à embellir les lieux, il n’a pas qu’une vocation décorative. La société gérant le Tunnelbana estime qu’il contribue également à « donner à chaque station sa propre identité, aidant les voyageurs à mieux s’orienter dans le métro » et à « réduire le vandalisme ». Prendre le métro devient ainsi « quelque chose de plus qu’un simple voyage entre deux endroits ».
Loin d’un catalogue exhaustif de toutes les gares, je vous propose ci-dessous une petite incursion dans le sous-sol ripoliné et très artistique de Stockholm. Je précise que les personnes apparaissant sur ces photos ne sont pas des figurants à ma solde. A la manière d’un chasseur, je suis restée à l’affût des passants dont j’ai du reste beaucoup apprécié l’attitude très décontractée vis à vis de l’objectif.
T-centralen
Répartie sur plusieurs niveaux souterrains, c’est la gare principale, l’intersection commune des trois lignes, et partant la plus fréquentée. Au 4ème sous-sol, on trouve le couloir de correspondance vers les quais de la ligne bleue. Avec ses feuilles de vigne et motifs floraux qui courent sur les murs de la même couleur, l’artiste Per Olof Ultvedt invite les passagers à un moment de calme et de relaxation (1975).



Cette station, qui est la première à avoir été décorée en 1957, présente, à un autre niveau, une atmosphère complètement différente avec notamment des murs carrelés inspirés des stations de trams des années 30.


Kungsträdgården

Terminus de la ligne bleue, cette station, décorée sur le thème de l’Atlantide, se situe en plein centre ville. En 1977, Ulrik Samuelson imagine un jardin souterrain dont le vert, le rouge et le blanc des motifs symbolisent respectivement les parterres, les allées de gravier et les statues de marbre de Kungsträdgården (le jardin du roi).

Solna Centrum

Encore une incroyable ambiance dans cette station avec son plafond rouge vif aux allures de caverne et ses murs ornés d’une fresque de sapins d’un kilomètre de long (!). Cette oeuvre socio-écologique témoigne des grandes préoccupations de l’époque en Suède : la destruction de la nature et l’exode rural. En 1975, apogée de l’ère industrielle, Anders Åberg et Karl-Olov Björk illustrent une nature exploitée à outrance par l’homme pour son sol et son bois (déforestation massive, épandage d’insecticide par avion). Les artistes en mettent en scène les conséquences dramatiques : paysages de souches, villages abandonnés, rivières polluées, animaux sauvages menacés…
Stadion

C’est la Stockholm olympique de 1912 que les artistes Hallek et Pallarp (1973) célèbrent dans cette station proche du site des jeux de l’époque. L’arc en ciel symbolise les 5 anneaux du mouvement olympique.
Tekniska högskolan

Retour vers le futur dans cette station proche de l’institut royal de technologie. Les motifs et sculptures (1973), dont le dodécaèdre, représentent les 4 éléments (eau, air, feu, terre), l’univers et les progrès technologiques.

Rådhuset

Avez-vous remarqué les deux godasses encastrées dans le plafond?
En 1975, Sigvard Olsson s’amuse à mettre en scène des fouilles censées évoquer l’histoire du quartier de Kungsholmen dans une grotte au rose inspiré des montagnes de l’Atlas. Des vestiges archéologiques, pour certains totalement fictifs, apportent une note décalée et surréaliste.
Fridhemsplan

Ambiance maritime des artistes Möller et Renqvist qui mettent en évidence les protestations des défenseurs de l’environnement en 1975.
J’espère que ce petit aperçu de l’underground de la capitale suédoise vous aura intéressés. Lors d’une escapade urbaine, on n’a pas forcément envie de rester sous terre. Néanmoins en cas de canicule, de pluie battante ou de grand froid, un petit tour dans le métro peut être un bon plan. Autre bon plan dont hélas je n’ai eu connaissance qu’en préparant ce billet, il est possible, pour le prix d’un ticket de métro, de participer à une visite guidée d’une heure et demi environ. Des bénévoles vous emmènent dans les stations les plus intéressantes et représentatives de chaque ligne. Une telle visite m’aurait été bien utile pour repérer les lieux et ne pas en manquer certains comme ce fut le cas lors de mes déambulations souterraines un peu improvisées!
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