Il a beau se déguiser en indien, l’été n’en a plus que le nom et ne trompe personne, surtout pas Dame Nature qui a résolument sorti sa garde-robe automnale. Le vert vif se fait mousse, il se teinte d’ambre ou s’enflamme. Les journées sont encore délicieusement tièdes, voire même chaudes, mais les petits matins, surtout à 1000 mètres d’altitude, sont bien frisquets. Il faisait à peine 0 degrés samedi dernier à la Vallée de Joux. Déjà, la brume a pris ses quartiers, léchant langoureusement les rives du lac encore toutes engourdies. Les arbres peu à peu s’affranchissent de leur feuillage. Dans ce paysage aux accents écossais, la lumière douce comme un cachemire réchauffe la pupille et enveloppe quiconque trouve le courage d’accompagner l’aurore.
« L’automne, c’est cousu de moments de grâce qui ne durent pas » (Janine Boissard).
Autant dire que pour qui aime faire des photos, mieux vaut saisir les occasions quand elles se présentent et ne pas traîner au lit. Samedi donc, je me suis levée tôt et bien emmitouflée, je suis partie me balader dans la zone humide jouxtant le lac. Entre forêt de bouleaux, roseaux et marécages, l’endroit est d’une beauté magnétique au lever du soleil. Dans une quiétude à peine troublée par quelques sonnailles lointaines, on se sent seul au monde. Revigoré par l’air matinal, on n’en est que plus éveillé à tout ce qui nous entoure.
Dans ce « paradis », les sujets photos sont innombrables mais c’est une multitude de petites toiles d’araignées tissées sur des grosses touffes vertes et blondes qui ont attiré mon attention. Délicatement perlées d’eau de la nuit, scintillant dans le soleil levant, j’y ai vu, à travers les prismes de mon 105 mm macro, les portées d’une partition entièrement dédiée à l’automne. Immédiatement séduite par cette mélodie, j’ai cherché à la décliner sur d’autres accords. Par d’infimes mouvements, j’ai modifié la mise au point, jouant sur la profondeur de chant champ et la lumière pour retranscrire les harmonies chaudes et colorées de saison. Et lorsque l’image se fait musique, les notes perles d’eau, les fils arachnéens ne sont plus que des prétextes à des déclinaisons impressionnistes et abstraites que j’ai envie de réinterpréter encore et encore.
Le travail du photographe ne consiste pas simplement à utiliser un appareil photo, mais à percevoir, à interpréter et à livrer les émotions qui naissent de sa quête. Ce matin-là, je me suis juste laissée porter par cette ambiance ou plutôt par ces vibrations automnales, sans davantage me préoccuper du sens, ni des règles photographiques. J’ose espérer que cette poésie saura vous parler.





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