Que faire un samedi tout pourri, tout gris? On file à l’Elysée, pas pour serrer la pince à François Hollande, mais pour découvrir la très belle rétrospective consacrée par le musée lausannois à Philippe Halsman, le génial photographe expérimentateur américain. Son nom ne vous dit peut-être pas grand chose mais je suis sûre que plusieurs de ses images ne vous sont pas inconnues. De Marylin Monroe à Salvatore Dali, d’Alfred Hitchcock à Albert Einstein, le Letton d’origine, expatrié d’abord à Paris en 1930, puis à New-York 10 ans plus tard, a photographié tous les grands de ce monde. Nombre de ses portraits sont devenus des icônes avec notamment ses 101 couvertures du magazine Life.
Réalisée à partir des archives de la famille Halsman, l’exposition, qui a nécessité trois ans de travail, entend replacer l’oeuvre du photographe dans son contexte culturel et historique. Tirages originaux, maquettes de livres ou « unes » de journaux, elle réunit une pluralité de sources et témoigne de la diversité du travail de Halsman, décédé en 1979. Elle s’articule en quatre volets que sont ses débuts à Paris, ses portraits, ses mises en scène et sa collaboration de plus de trente ans avec Salvador Dali. Cette dernière, qui donne lieu à l’une de ses séries les plus riches et extravagantes et a droit aux magnifiques combles du musée lausannois, décortique son fameux «Dali Atomicus», cette image du peintre en lévitation pendant que des chats et une vague d’eau traversent les airs… Humour et surréalisme sont au rendez-vous à travers non seulement des photos, mais également des photomontages, des collages et des images filmées.
Philippe Halsman sautant avec Marilyn Monroe, Philippe Halsman Richard Nixon, le Duc et la Duchesse de Windsor, Philippe Halsman
Le sous-sol est dédié quant à lui à la Jumpology. C’est quoi ce truc? Metteur en scène et expérimentateur hors pair, Halsman a développé une nouvelle approche du « portrait psychologique » en demandant à ses modèles de sauter pour les prendre en photo. Selon lui, l’action de sauter désinhiberait le sujet qui ainsi laisserait tomber le masque et révèlerait, à son insu, des traits fondamentaux de son caractère. Il a été le premier photographe à convaincre des personnes respectables et sérieuses comme Richard Nixon ou le duc et la duchesse de Windsor de se prêter au jeu. Il paraît qu’en 1954, la jeune starlette Maryline Monroe, après avoir sauté et appris la finalité de l’exercice, aurait été à ce point effrayée à l’idée de dévoiler sa personnalité profonde qu’elle aurait attendu cinq ans avant de réitérer l’expérience.
Et comme à l’heure actuelle, toute bonne expo se veut interactive, un studio sommaire de jumpology a été installé dans une pièce annexe. Sur un fond blanc éclairé par deux projecteurs, vous pouvez demander à vos proches de vous immortaliser en train de faire le saut de la mort qui tue. L’exercice est moins facile qu’il y a paraît tant pour le photographe, qui n’a pas forcément les réflexes et l’appareil adapté à l’exercice, que pour la victime, qui est bien souvent contrainte de bondir à répétition jusqu’à la prise idéale. Pour ma part, j’ai fini plutôt crevée au bout de la 10ème prise. Et dire que Maryline s’en est coltinée 200…
Je laisse à votre interprétation personnelle la mimique à peine crispée de l’auteure de ces lignes..
Cette exposition très riche, pleine d’humour et de créativité vous fera passer un excellent moment. Elle est à voir jusqu’au 11 mai 2014. Et bonne nouvelle pour ceux qui n’ont pas la chance de venir en terre vaudoise. Après Lausanne, elle sera montrée à Paris (Jeu de Paume) en 2015, puis à Rotterdam, Madrid et Barcelone.






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